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crise du lait
Lait: "On ne touche pas aux quotas"
Olivier le Bussy
Mis en ligne le 23/07/2009
La commissaire européenne en charge de l’Agriculture, Mariann Fischer-Boel, l’a confié mercredi devant la presse : elle se réveille parfois la nuit en pensant à la situation, pour le moins préoccupante, du secteur laitier européen. "Certains agriculteurs, qui n’ont pas de banque prête à les aider à traverser cette crise, sont en mauvaise posture", a reconnu la Danoise. Qui a néanmoins admis qu’elle ne possédait pas "de baguette magique" pour faire remonter les prix, qui se sont effondrés en un an, passant de 32 cents le litre à une fourchette allant de 18,5 à 22 cents le litre.
A défaut de magie, la Commission a présenté un éventail de mesures possibles pour soulager le secteur, certaines devant être débattues par les Etats membres, en septembre, d’autres pouvant être prises par la seule Commission.
Mesures parmi lesquelles on retrouve le régime d’aide au stockage pour le beurre et les achats d’intervention pour le beurre et le lait en poudre. Mais aussi la poursuite des restitutions à l’exportation (subventions censées compenser les différences entre les prix mondiaux et les prix communautaires) réactivées en janvier. Ou encore les autorisations données aux Etats membres de verser jusqu’à 70 % des paiements directs dès octobre, au lieu du 1er décembre, et la permission pour les Vingt-sept d’instaurer des aides spécifiques au secteur.
Pour réduire la production laitière, la Commission propose également de financer l’abandon volontaire de la production, mais se montre opposée au principe d’une prime à l’abattage de vaches laitières.
La Commission, enfin, a promis de garder à l’œil les coopératives et le secteur de la distribution qui ferait leur beurre, si l’on ose dire, sur le dos des producteurs de lait, en se livrant à des pratiques anticoncurrentielles.
De là à dire que la commissaire a rassuré les agriculteurs wallons, qui battaient le pavé à Bruxelles (lire ci-dessous), leurs collègues de l’Union et les capitales européennes, il y a un gouffre. "Nous ne sommes pas convaincus que la somme des mesures annoncées permettra de combler le problème tant son ampleur est grave", a déclaré le secrétaire général de la Fédération wallonne de l’Agriculture, Yvan Hayez, à l’issue de sa rencontre avec Mme Fischer Boel.
La France et l’Allemagne, dans un communiqué commun, ont également jugé ces mesures insuffisantes et réclamé de la Commission "qu’elle examine la possibilité" de geler les quotas laitiers, qui doivent augmenter d’1 % en 2010 (et disparaitre complètement en 2015) - nombre d’agriculteurs européens plaident pour leur abaissement, afin de réguler la production.
C’est là que la discussion tourne au dialogue de sourds. Pas question pour la Commission de changer le cap fixé en 2008 par la Bilan de santé de la Politique agricole commune. "Il n’y aura pas de proposition pour réduire les quotas", a répété la commissaire pour la énième fois.
"Une remise en cause de cette décision ne ferait qu’engendrer de l’incertitude et n’aurait de toute façon aucun effet correcteur sur la situation actuelle", a défendu Mme Fischer Boel, plaidant qu’on ne fasse pas des quotas "un bouc émissaire". Parce qu’ils ne sont, à son estime, pas responsables de la chute des prix, et parce qu’ils ne sont pas correctement gérés par certains Etats membres qui n’atteignent pas leur plafond de production. De toute façon, conclut la commissaire danoise, "je ne suis pas certaine qu’il y ait une majorité au Conseil pour rediscuter des quotas", des pays comme l’Italie ou l’Autriche étant d’ardents défenseurs de l’augmentation progressive des quotas.
Pour sauver le secteur laitier, il faut consommer ses produits, a encore déclaré Mariann Fischer Boel, fustigeant les consommateurs qui se ruent "sur le Coca-Cola Zéro, dont le prix est compris entre 1 euro et 1,26 euro le litre", soit bien plus que le lait. Un argument qui ne manque pas de pertinence, mais traduit quand même un certain désarroi.
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