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Les inégalités devenues insoutenables en Inde
Mis en ligne le 11/08/2009
La période de forte croissance économique en Inde de ces dix dernières années n’a guère profité aux travailleurs pauvres. Du côté de l’emploi, précarisation et informalisation sont les principales conséquences des politiques menées par les gouvernements successifs.
Les atteintes répétées aux droits du travail, inapplicables dans les "zones économiques spéciales" créées pour attirer les capitaux étrangers, le délabrement des services publics de santé, de transport et d’éducation ont été compensées par des politiques d’encouragement des populations défavorisées à prendre leur destin en main.
Les notions de "self-help", l’aide toi toi-même, et de participation sont désormais les maitres mots de programmes d’aide au développement aux motivations souvent populistes. Si les travailleurs ont peu profité de la croissance économique, ils sont pourtant les premiers touchés par la crise. Les licenciements en masse dans le secteur formel (45 % n’ont accès à aucune sécurité d’emploi) nourrissent un secteur informel fort de plus de 325 millions de travailleurs (92 % du total).
Rappelons que la division entre les deux secteurs est peu opérationnelle et que le secteur informel est fortement dépendant de l’économie internationale par le jeu des flux de crédits, des sous-traitances et de l’externalisation. En s’intéressant à la consommation, même si la croissance de ces dernières années à permis l’émergence d’une classe moyenne, la majorité de la population indienne demeure constituée de petites exploitations agricoles familiales.
La prévalence de l’insuffisance pondérale ne cesse d’augmenter chez les enfants depuis le milieu des années 1990 et les plus démunis doivent se contenter d’un salaire journalier de 20 roupies (30 cents). Ainsi, une croissance avoisinant les deux chiffres ne suffit pas toujours à lutter contre la faim. Les effets de la crise ne font qu’accentuer ce phénomène. La crise a remis l’Etat au centre des débats. Qu’en est-il en Inde ? Trois projets dont l’origine remonte bien avant la crise mobilisent les énergies.
L’une des mesures historiques prises par le gouvernement indien en 2005, visant à garantir 100 jours d’emploi en zones rurales, ne parait guère apte à sécuriser les conditions des travailleurs. En moyenne, seuls 25 jours d’emploi furent assurés, tout en présentant des niveaux d’application très disparates selon les zones, les conditions socio-économiques ainsi que l’appartenance et le statut religieux. En définitive, l’objectif de limiter les migrations internes en créant de l’emploi local parait avoir eu peu d’effets. Parallèlement, le secteur de la construction, principal employeur de migrants, enregistre un fort ralentissement depuis le début de la crise.
Le second projet, très ambitieux, suit un modèle bien rodé, à savoir l’usage excessif du verbe à défaut de débourser des fonds. La création d’une sécurité sociale pour l’ensemble des travailleurs non protégés, qu’ils soient employés dans le secteur formel ou informel de l’économie, représenterait une avancée extraordinaire pour les travailleurs qui parviendraient à y accéder. La dernière mesure prise par le "nouveau" gouvernement, mené par les membres de la famille de Nehru, en juin 2009, laisse sceptique.
Manmohan Singh, le premier ministre indien, a en effet décidé d’éradiquer, à défaut de la pauvreté, les bidonvilles en 5 ans à travers un plan (Rajiv Awas Yojana) de construction de 62 millions de maisons. Une simple promesse ? "Malheureusement, non" semblent dire de nombreux observateurs. Les gouvernements successifs souhaitent depuis longtemps récupérer les terrains sur lesquels les pauvres sont installés et dont la valeur a considérablement augmenté ces dix dernières années.
A Delhi, dans l’optique des jeux du Commonwealth en octobre 2010, l’embellissement de la ville se fait au détriment des plus démunis dont les lieux de vie sont détruits. Même s’il est encore difficile d’évaluer ce projet, il y a fort à craindre de ces promesses. Simple attribution de droits de propriété ou déplacements massifs de population ? Un constat démographique : 10 millions de jeunes entrent chaque année sur le marché du travail.
Diplômés ou non, ils éprouvent de grandes difficultés à trouver un emploi correspondant à leurs aspirations. L’engagement de ces jeunes dans les milieux politiques, basés sur l’instrumentalisation de la caste, signale leur volonté de ne pas être mis de côté ou sacrifiés. A laisser les inégalités devenir intenables entre, d’un côté, ceux qui ont su profiter de la croissance, et les autres qui subissent, le gouvernement indien entretient une situation à l’équilibre précaire. Ceci promet quelques soubresauts.
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