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Les nouveaux visionnaires 1/6
Et si on cassait la logique du "toujours plus"
Ariane van Caloen
Mis en ligne le 26/07/2010
Christian Arnsperger est maitre de recherches au FRS-FNRS et professeur à l’Université catholique de Louvain.
En quoi la décroissance est-il un concept qui a du sens pour l’avenir ? Pourrait-il être appliqué dans les pays émergents ?
Personnellement, je trouve que ce concept devrait à présent être banni des débats publics. Il a servi pendant un certain temps comme expression choc et comme slogan, mais maintenant, il dessert la cause. Cessons de parler de décroissance. Parlons plutôt de "prospérité sans croissance du PIB" (Tim Jackson), d’"économie de sobriété heureuse" (Patrick Viveret) ou de "principe de plénitude" (Juliet Schor). Le problème n’est pas "la" croissance en elle-même, mais le type de croissance que nous impose la logique du système actuel. Chercher à découpler bien-être et croissance, prospérité et croissance, cela n’a rien à voir avec le fait qu’un pays soit émergent ou déjà riche. Il faut une certaine croissance du PIB (Produit intérieur brut) par habitant dans les pays les plus pauvres, mais dans nos contrées trop riches, il faut, avant tout, une croissance de la richesse relationnelle et humaine. La sobriété, c’est aussi de la croissance - mais pas dans les mêmes domaines que ceux que nous investissons depuis trois siècles ! On a besoin d’innovation et d’efficacité - mais pas pour gaver davantage les consommateurs et saturer davantage l’atmosphère.
Estimez-vous être le premier en Belgique à vraiment défendre cette idée ?
Non. Il existe aujourd’hui un mouvement politique des "objecteurs de croissance" (MpOC), et les personnes qui y sont actives pratiquent souvent la sobriété heureuse et la logique de plénitude depuis longtemps. Mais dans les milieux de l’économie universitaire, c’est vrai, il y a peu de réceptivité et je pense être (avec une poignée d’autres, dont Isabelle Cassiers, Philippe Defeyt et Paul-Marie Boulanger) de ceux qui luttent, au jour le jour, pour que l’enseignement et la recherche en sciences économiques intègrent des enjeux comme les finalités de la croissance et les racines psychologiques du "toujours plus". Les étudiants, d’ailleurs, sont à l’écoute - infiniment plus que mes collègues ! Donc, il y a de l’espoir.
Avez-vous l’impression que ce genre de théorie ne pourrait pas être défendue par les économistes au sein des banques ? Cela ne va-t-il pas à l’encontre de l’investissement en Bourse ?
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