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Marée noire
"M. Marée Noire" à la tête de BP
AFP
Mis en ligne le 28/07/2010
Mardi, BP a annoncé le remplacement de son patron controversé Tony Hayward par l’Américain Bob Dudley, ainsi qu’une perte trimestrielle et des ventes d’actifs colossales, un grand ménage avant d’en finir avec la marée noire, espère un groupe qui se sait désormais "différent".
Depuis l’explosion de la plate-forme Deepwater Horizon, le 20 avril, qui a fait onze morts et causé dans le golfe du Mexique la plus grave pollution pétrolière de l’histoire, Tony Hayward, 53 ans, avait attiré les critiques aux Etats-Unis : semblant minimiser les dégâts et aspirant "à retrouver sa vie d’avant ", il a déplu jusqu’au président Barack Obama. Ce dirigeant, excellent par ailleurs, qui avait fait retrouver à BP tout son lustre en trois ans avant cette affaire - après le départ également dans des conditions précipitées, liées à sa vie privée, du précédent directeur général John Browne -, va céder la place au 1er octobre à Bob Dudley, 54 ans. Celui-ci est Américain, enfant du Mississippi, une des régions polluées par la marée noire, et c’est depuis juin le "Monsieur Marée Noire" de BP. Il a dirigé pendant cinq ans la lucrative coentreprise russe TNK-BP, avant de devoir quitter la Russie dans des circonstances difficiles en 2008. C’est un patron reconnu de bonne trempe, même s’il semble que sa nationalité ait compté pour beaucoup dans sa nomination. M. Hayward, qui restera au conseil d’administration de BP jusqu’au 30 novembre et partira avec les avantages classiques, un an de salaire hors bonus, en l’occurrence 1,2 million d’euros et ses droits de retraite (700 000 euros par an à partir de 65 ans), prendra pour sa part un poste non exécutif au conseil d’administration de TNK-BP. Des arrangements dont les coactionnaires russes se sont dits très contents. Le patron sortant a assuré partir " d’un commun accord " avec la direction et s’être senti dernièrement comme "un paratonnerre ". Il a décrit la marée noire comme " une tragédie terrible dont, en tant que responsable de BP quand c’est arrivé, je me sentirai toujours responsable, quelle que soit la responsabilité finale ".
M. Dudley, pour sa part, s’est dit à la fois " honoré " de sa nomination, mais " triste " des circonstances de celle-ci. Selon le président Carl-Henric Svanberg, en tout état de cause, "la tragédie " du golfe " a été un tournant ", et BP " sera une entreprise différente désormais ".
Le géant pétrolier a cependant les reins assez solides pour avoir pu annoncer l’inscription dans ses comptes du deuxième trimestre d’une charge de 32,2 milliards de dollars (24,8 milliards d’euros), dont elle espère qu’elle couvrira la plupart des frais techniques ou judiciaires liés à une marée noire en voie de colmatage définitif. Elle a subi du coup une perte de 16,9 milliards de dollars, la plus grosse perte trimestrielle jamais annoncée par une entreprise britannique.
De surcroit, BP, qui veut avoir une gestion financière "prudente" de cette crise et réduire son niveau d’endettement, a indiqué vouloir vendre en dix-huit mois 30 milliards de dollars d’actifs, soit environ 10 % de ce qu’elle possède. Quant aux actionnaires, ils ne doivent pas s’attendre à recevoir de nouveaux dividendes avant, au mieux, le quatrième trimestre, dont les résultats seront publiés en février 2011.
La plupart des analystes jugeaient ces annonces positives mardi, et recommandaient de continuer à acheter des actions BP, très attaquées depuis la marée noire. Le cabinet de conseil aux actionnaires PIRC se demandait néanmoins si tous ces changements " suffiraient à arrêter le flux des mauvaises nouvelles ".
Sur les marchés boursiers, l’annonce des résultats et du changement de direction n’a provoqué que peu de mouvements. A Londres, on a estimé que BP semble avoir décidé d’inscrire une bonne fois pour toutes dans ses comptes du deuxième trimestre les charges de la marée noire, soit 32,2 milliards de dollars, mais que le groupe s’en tire avec une perte nette ajustée limitée à 17 milliards de dollars, grâce à sa bonne performance d’exploitation (le bénéfice sous-jacent est de 5 milliards de dollars) et à un effet fiscal favorable. Le groupe ne cédait que 0,15 % à 416,16 pence malgré l’énormité de cette perte. Mais aussi après avoir annoncé un programme de ventes d’actifs géant. (AFP)
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