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Les entreprises belges (5/6)

Le règne de l’auto n’est pas fini

Frédéric Chardon

Mis en ligne le 03/09/2010

D’Ieteren Auto envisage avec sérénité l’avenir du marché belge. Notamment grâce à la santé de VW. Le virage “vert” devrait aussi être bien négocié.
Entretien

Le groupe D’Ieteren vient de présenter des résultats semestriels mirifiques (bénéfice net en hausse de 70% par rapport à 2009). Plus précisément, D’Ieteren Auto, la branche active dans l’importation et la distribution de véhicules en Belgique, a enregistré une augmentation de plus 13 % de ses ventes. Tout va bien. Pourtant, le secteur automobile va devoir affronter plusieurs gros défis. Qu’en pense Thierry van Kan, le CEO de D’Ieteren Auto ?

Le marché de l’automobile est en train de se métamorphoser, notamment pour des raisons environnementales. D’Ieteren craint-il ces changements ?

Tout d’abord, je rappelle que nous sommes très fortement liés, via un contrat d’importation exclusif, avec Volkswagen. Nous sommes quasiment une filiale belge du groupe VW Et nos perspectives à cet égard sont excellentes. Par ailleurs, oui, il va y avoir des chamboulements dans le marché. Mais cela va impliquer une forte rotation des véhicules. Ce qui est bon pour nous, bien entendu. A court terme, on va assister à l’arrivée des véhicules à faible consommation. A plus long terme, on verra l’émergence de la voiture électrique. En ce qui concerne D’Ieteren, VW a décidé de proposer une petite voiture de ville électrique à partir de 2012-2013 et puis le groupe ira plus loin avec de grosses voitures hybrides à l’horizon 2014. Yamaha, que nous importons également en Belgique, va lancer des deux-roues électriques en 2011.

Croyez-vous à une révolution verte dans l’automobile ?

Il ne faut pas se faire d’illusions : les véhicules électriques, à court-moyen terme, se cantonneront à la petite voiture de ville d’un rayon d’action de 150 à 200 km, pas plus. Mais c’est amplement suffisant pour une utilisation ville-banlieue. Par contre, pour les déplacements de 300 ou de 500 km, l’électricité sera-t-elle vraiment la bonne solution ? La batterie sèche ne suffira jamais à réaliser ce genre de trajets. On va donc rester dans de l’hybride pendant 10 ans au moins pour les voitures de voyage. Pas de révolution : il faudra attendre 2020 avant que des moteurs à hydrogène ou alimentés par piles à combustible arrivent sur le marché.

D’Ieteren pourra-t-il profiter de cette tendance lourde ?

Les voitures de ville, c’est 15 à 20 % du marché. Or, l’arrivée des électriques va vite démoder les anciennes voitures. Il y aura donc un renouvèlement très rapide des véhicules, un renouvèlement par ailleurs soutenu par les pouvoirs publics. Et puis, il ne faudrait pas oublier que la démographie belge reste positive : on va assister à une augmentation de 16 à 20 % du parc sur les 10 prochaines années grâce à l’immigration et au fait que l’on conduit de plus en plus vieux. On va tourner autour de 530 000 véhicules neufs immatriculés par an, avec un total de 5 millions de voitures. Il n’y a pas de démotorisation des Belges !

Le développement des transports publics ne va-t-il pas remettre en question le règne de l’auto ?

En matière de transports publics, on n’est pas vraiment gâté en Belgique Nos villes sont essentiellement construites en longueur, contrairement aux autres pays. Logiquement, cela impose aux transports en commun un nombre d’arrêts plus important qu’ailleurs, là où un seul arrêt central est suffisant. Donc, notre transport public est plus lent. Par ailleurs, la Belgique est aussi un petit pays où on déménage moins qu’ailleurs en fonction de son travail. Les Belges sont donc très forts dans la navette boulot-dodo. Mais il faut des voitures pour faire cela

Récemment, on a vu qu’Auchan lançait la vente de voitures par Internet en France. Un risque à terme ?

Internet n’est jamais qu’un canal de vente supplémentaire. En tant qu’importateur, c’est une opportunité pour D’Ieteren puisque tous les véhicules transitent chez nous. Et, comme distributeur, ce n’est pas un réel danger car on peut difficilement conseiller, livrer, entretenir le véhicule via le Web Franchement, je ne crois pas trop à la vente par Internet car le client aime sentir sa voiture, la voir, recevoir des conseils.

Les avantages liés aux voitures de société sont attaqués. Craignez-vous un régime moins favorable en Belgique ?

Le marché des automobiles neuves, c’est 50 % de voitures de société et 50 % de voitures achetées par des particuliers. Les comportements d’achat sont très différents : en Belgique, les voitures de société sont en fait des voitures-salaires. Le client est alors tenté de chercher à aller au maximum de l’enveloppe mise à disposition par son employeur. C’est un marché très important pour nous car ce sont des voitures que l’on change tous les 3 à 4 ans. Avec les particuliers, c’est différent : on achète une voiture neuve pour 6 à 7 ans. Le client va chercher la meilleure prime, la consommation la plus basse, le discount le plus important. La ligne reste aussi un critère très important, même s’il reste inavoué.

Mais vers quel régime va-t-on ?

Les voitures de société vont être remises en question mais pas du jour au lendemain car, se renouvelant plus vite, elles représentent un apport de TVA important pour l’Etat. De plus, comme je l’ai dit, il n’y a pas de démotorisation des Belges. Si on supprime ces avantages, il y aura davantage de voitures de particuliers, qui ont donc une durée de vie de 6 ans. Ainsi, le parc automobile sera en moyenne plus vieux et cela aura un impact négatif sur l’environnement. Je rappelle que 80 % de la pollution automobile proviennent des 20 % de voitures les plus anciennes. On va toutefois vers un downsizing des voitures de fonction : plus petites, plus vertes, moins chères. D’ailleurs, la pollution générée par ces véhicules a déjà diminué de 35 % en 5 ans.

La forte limitation des éco-bonus en Wallonie va-t-elle déprimer les ventes ?

Il faut relativiser les choses : on n’a jamais eu de prime à la casse comme en Allemagne où l’on offrait 2 500 euros, ce qui était très élevé. En Belgique, les éco-bonus ont soutenu le marché mais seulement au niveau des petites voitures. Et ces primes ne concernent que les particuliers.

D’après les chiffres de la Febiac, les gros 4X4 n’ont plus la cote… Comment vont les gros modèles vendus par D’Ieteren ?

On n’a jamais vendu autant de Porsche Cayenne ! Mais je précise que les 4X4 consomment moins qu’avant. On est loin de l’époque où ils brulaient 20 litres aux 100 km... Ils ont désormais des moteurs diesel de 3 litres ou 2,7 litres, avec des consommations de 8 ou 9 litres aux 100 km.

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