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Melchior Wathelet : “Pas de tabou sur les prix”

ENTRETIEN ARIANE VAN CALOEN

Mis en ligne le 20/01/2012

Selon Melchior Wathelet (Energie), l’autorité publique a une grande responsabilité dans le niveau élevé des prix de l’électricité en Belgique. Il annonce une refonte.

Dans le gouvernement Di Rupo, Melchior Wathelet (CDH) est notamment secrétaire d’Etat à l’Energie. Voici les grands axes de son programme.

Vous pourriez imposer des prix maxima pour l’électricité si nécessaire. Une telle mesure n’est-elle pas contraire aux règles de concurrence ?

Ce n’est pas ce que je veux faire. C’est ce que je serais contraint de faire si on se rend compte que nos prix sont supérieurs, de manière disproportionnée, à ceux pratiqués à l’étranger.

Comment faire pour éviter des prix maxima ?

Première mesure : c’est le plan d’équipement qui doit être élaboré pour cet été. Il doit permettre de diversifier l’offre et donc davantage faire jouer la concurrence. Ce qui aura, on l’espère, un effet sur les prix. Deuxième mesure : une refonte de la politique de prix. Cela concerne notamment la cotisation fédérale qu’il faudra revoir en profondeur. Il faut aussi revoir le financement de l’éolien offshore. Dernière mesure : la transparence totale en matière de prix.

M. Wathelet sera-t-il le premier ministre de l’Energie à réussir à apporter plus de transparence ?

Je crois qu’on doit avoir une transparence compréhensible pour les gens. Aujourd’hui, qui sait que dans sa facture, il paie le renouvelable, les tarifs sociaux, les tarifs de distribution et de transport ? Il faut aussi par cette transparence plus responsabiliser.

Comment allez-vous y arriver ?

J’avoue que ma priorité, c’est le plan d’équipement. Reconnaissons aussi que la matière est très régionalisée. Ce qui ne simplifie rien. Vu qu’on permet une certaine opacité des prix, cela ne responsabilise pas assez ceux qui les déterminent. Autre élément important : les mécanismes d’indexation. Aujourd’hui, nos factures restent trop liées au pétrole. Cela ne doit plus être l’élément déterminant. La transposition dans la législation belge du Troisième Paquet prévoit d’ailleurs que les fournisseurs ne peuvent indexer leurs prix finaux que quatre fois par an alors qu’actuellement, cela se fait tous les mois. Je dirais aussi que si l’électricité est si chère en Belgique, c’est aussi en grande partie à cause de l’autorité, qu’elle soit fédérale, régionale, communale ou parapublique. On doit aussi regarder dans notre assiette.

Qu’auriez-vous mal fait ?

Quand 40 % du prix de l’électricité sont représentés par les tarifs sociaux, la cotisation fédérale, les tarifs de transport, cela signifie qu’une grande partie du prix est déterminée par l’autorité. L’autorité doit donc avoir le courage d’expliquer pourquoi l’électricité est de temps en temps plus chère qu’à l’étranger. Si on n’y arrive pas, il faudra alors recourir à des prix maxima.

Il faudra donc beaucoup de “si” avant d’avoir des prix maxima…

Je ne le dis pas. Il y a aussi de la logique du bâton et de la carotte. C’est dans l’accord du gouvernement. L’étude sur les prix a déjà été demandée à la Creg. Avec Johan Vande Lanotte, on a aussi demandé d’analyser la justification.

Imaginons que l’étude montre que les couts des intercommunales sont en grande partie responsables. Va-t-on agir ?

Je constate qu’on est plus cher qu’à l’étranger. C’est donc qu’il y a certainement moyen d’être meilleur. Reconnaissons aussi que les tarifs de distribution vont être régionalisés. C’est dans l’accord institutionnel à huit. Mais il ne faut pas dire : on ne touche pas à ça.

Pas de tabou, donc…

Non, pas de tabou. Pas le genre.

La Creg est souvent contrée par des recours contre les tarifs de distribution. Quelle est votre attitude ?

La Creg est un organisme indépendant qui est juridiquement renforcé dans le cadre du Troisième Paquet. C’est un régulateur que je vais évidemment respecter. Sur les recours, dites-moi le dossier en matière énergétique où les décisions n’ont pas été contestées ? Ce qui me pose problème, c’est que, d’un côté, c’est très conflictuel; d’un autre, on a besoin de beaucoup d’investissements. C’est pour cela que j’ai dit que je voulais pacifier le secteur. On n’a pas été capable de donner de la sécurité juridique. Et c’est une responsabilité collective. Avec la loi de 2003, on a décidé de sortir du nucléaire mais on n’a rien prévu. Le plan d’équipement devra dès lors se faire en un temps record.

Et si ce plan d’équipement montre qu’il y a un manque de projets d’investissement, le gouvernement pourrait-il revenir sur sa décision de sortie du nucléaire ?

J’ai toujours dit que mon rôle est d’exécuter l’accord du gouvernement qui s’en tient à la loi de 2003. C’est-à-dire sortir du nucléaire en assurant la sécurité d’approvisionnement. Je vais tout faire pour l’assurer.

Peut-on en déduire qu’on saura cet été si on sort du nucléaire ?

Oui. Je pense qu’on doit être en mesure, cet été, de donner une sécurité juridique. Cette sécurité sera une condition de la réussite du plan d’investissement.

© La Libre Belgique 2012

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