Barclays, le scandale qui fait trembler la Grande-Bretagne

Un éclairage de Dominique Albertini Publié le - Mis à jour le

Actualité

La Barclays ne veut pas plonger toute seule. La grande banque anglaise, mise en cause dans une retentissante affaire de manipulation de taux, a contre-attaqué en laissant entendre que de nombreuses autres banques auraient agi de la même façon. Et pire, que la Banque centrale britannique et des responsables politiques auraient encouragé ces agissements. Barclays est soupçonnée d’avoir, entre 2005 et 2009, sous-évalué le taux auquel les autres banques lui prêtaient de l’argent, afin de dissimuler ses difficultés.

Ce taux et ceux de quinze autres grandes banques servaient à établir, chaque jour, le taux d’intérêt interbancaire de référence sur la place londonienne - le "Libor". La mise au jour de cette manipulation fait scandale outre-manche, provoquant un grand déballage sur les pratiques du secteur financier. Et le dernier communiqué de Barclays, publié mardi, ne risque pas de faire retomber la température. La banque revient sur un épisode d’octobre 2008. En pleine crise financière, elle peine à se financer sur le marché interbancaire, et publie donc des taux Libor très élevés.

Sans comprendre, explique-t-elle, "pourquoi les autres banques publiaient, elles, des chiffres plus bas : nous étions convaincus que les autres membres du panel ne se finançaient pas à un coût moins élevé que le nôtre, et avons été déçus qu’aucune action n’ait été entreprise à cet égard, alors que le problème avait été soulevé auprès de différentes autorités pendant toute la période de crise". La double accusation est à peine voilée, et ne s’arrête pas là.

Le 29 octobre 2008, toujours selon Barclays, le vice-gouverneur de la Banque d’Angleterre contacte Bob Diamond, directeur général de Barclays, qui résume la discussion par écrit à Jerry del Missier, président de Barclays Capital. Ce dernier conclut du document "qu’une instruction avait été donnée par la Banque d’Angleterre pour ne pas garder le Libor si haut, et a donc donné des instructions en ce sens". Dans ce mail, publié par la banque, Bod Diamond affirme également que de hauts responsables ministériels - issus du Parti travailliste au pouvoir jusqu’en 2010 - se seraient inquiétés auprès de la Banque d’Angleterre des hauts taux Libor de Barclays.

La Banque d’Angleterre comme le Parti travailliste se sont élevés contre les insinuations de Barclays. Sans empêcher que le scandale, au départ purement financier, menace désormais "d’engloutir non seulement la City mais aussi les autorités", comme le juge le "Times". "Il paraît improbable que M. Diamond, son président et le directeur des opérations qui ont tous démissionné ces derniers jours soient les seuls à voir leurs carrières entachées par cet épisode", estime le quotidien britannique.

De nouveaux éléments pourraient surgir suite à l’audition de Bob Diamond par une commission parlementaire mercredi après-midi. "Il y a eu clairement des erreurs, il y a eu clairement des comportements répréhensibles", a admis l’ex-directeur général de Barclays.

Outre le Libor, l’Euribor, taux de référence sur la zone euro, a lui aussi fait l’objet de manipulations. Le Premier ministre, David Cameron, a quant a lui qualifié le scandale de "révoltant", et annoncé un grand serrage de vis sur la délinquance en col blanc : "Les gens veulent être sûrs que la délinquance dans nos banques, dans nos services financiers, fera l’objet de poursuites et sera punie de la même façon que la délinquance de rue", a-t-il déclaré.© Libération

Publicité clickBoxBanner