Brugelette: Ce ne fut pas toujours le paradis

A.Ma. Publié le - Mis à jour le

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Brugelette... Une entité aux allures prospères située entre Mons et Ath, une large place, un hôtel de ville, une église, un café de l’Union. Tranquille. Ah, une petite précision : c’est là qu’un certain Paradisio ouvrit ses portes en 1994. L’an dernier, le parc, rebaptisé Pairi Daiza en 2010, a accueilli 800 000 visiteurs

Quand Eric Domb découvre le site. très vite, il est conquis. Il achète les 55 ha en 1993. "Il y avait déjà eu une faillite en 1982 avec une tentative de parc d’attractions qui s’était révélée une catastrophe", explique le fondateur du parc. "Les autorités étaient tellement persuadées que nous allions nous casser la figure qu’elles nous ont accueillis à bras ouverts, nous promettant que nous ne paierions jamais de taxes, nous disant que si nous arrivions à nous en tirer, ce serait déjà miraculeux " Un miracle dans le domaine de l’abbaye cistercienne de Casteau-Cambron fondée en 1148 par Bernard de Clairvaux, pourquoi pas ?

Pendant des années, le parc se développe, la société entre en Bourse, le nombre de visiteurs augmente. "Nous avons toujours offert la gratuité à tous les habitants de Brugelette, ce à quoi je m’étais engagé au départ en échange de l’absence de taxes", précise le patron. De son côté, la commune est satisfaite : outre l’accès gratuit pour les habitants, le site a généré des emplois pour la population locale et Brugelette a évidemment acquis une belle notoriété, souligne André Desmarlières (PS), bourgmestre depuis 2006. Côté inconvénients, il pointe la circulation : "Les habitants de Cambron subissent des nuisances. Le contournement du village, on en parle depuis une dizaine d’années. Les dirigeants du parc et les mandataires communaux ont déjà déployé pas mal d’efforts pour l’obtenir. Aux dernières nouvelles, une voirie en site neuf devrait être créée. Elle relèverait plus de la route régionale que communale, ce qui veut dire qu’il appartient à la Région de délier les cordons de la bourse". Car "qui dit 800 000 visiteurs par an dit aussi voies d’accès suffisantes pour y arriver", reprend le bourgmestre.

Vendredi dernier, Pairi Daiza inaugurait son 7e "monde" consacré à l’Afrique (8 ha). Le plus gros investissement jamais réalisé dans le parc : 15 millions d’euros. Le lendemain, le bourgmestre y présentait sa liste pour les prochaines élections communales. Les relations avec les autorités communales sont constructives. "J’applique une phrase de l’Ecclésiaste : "Il y a un temps pour la guerre et un temps pour la paix", avoue cependant Eric Domb. Car la cohabitation n’a pas toujours été aussi simple

Au centre du débat, les fameuses taxes. "Quand je pris mes fonctions", rappelle André Desmarlières, "il existait une convention signée pour une contribution d’un montant de 50 000 €. On a voulu l’augmenter un peu car il y avait des interventions de la police en matière de circulation, de vols sur le site ou pour des accrochages dans les parkings. De plus, il fallait garder propres les voies d’accès. Tout cela nous demandait un effort un peu particulier. On a alors voulu imposer une taxe sur les spectacles et divertissements. Ce fut la levée de boucliers". "Nous avons finalement décidé d’enterrer la hache de guerre et nous nous sommes mis d’accord sur un montant, de l’ordre de 200000 €, indexé en fonction de l’augmentation du nombre de visiteurs", précise le patron du parc. Le parc acquitte ce montant depuis 2010. "Je me suis opposé à ce que cela soit qualifié de taxe. C’est une contribution aux activités communales, une participation de Pairi Daiza à la vie communale", déclare-t-il encore. Sans compter un autre facteur qui a joué : le 31 décembre 2007, la sucrerie de Brugelette ferme ses portes. "Or, c’était un très gros contribuable", souligne Eric Domb pour qui "ce fut l’élément déclencheur"

Autre sujet qui a fait parler de lui : la construction d’aménagements sans permis d’urbanisme. Tels le Jardin chinois (3 ha) en 2006, devenu "La Cité des immortels"; la série de volières de grandes dimensions accueillant les oiseaux de proie; ou le Jardin indonésien (4 ha), alias "Le Royaume de Ganesha", qui allait voir le jour en 2009. Quand il a acheté le site, Eric Domb avait en effet obtenu un permis d’exploitation et différents permis d’urbanisme pour les premières infrastructures. En 2005, la réforme du Cwatup, le Code wallon de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme et du patrimoine, change la donne. Il fallait un PCA, un plan communal d’aménagement. Quand il est finalement arrivé en juillet 2009, il a avalisé des travaux déjà réalisés qui étaient en ligne avec le projet de PCA. La commune a bien accompagné tout le processus. "Aujourd’hui, toutes les constructions ont été régularisées sauf l’un ou l’autre bâtiment technique pour lesquels nous préparons les demandes de permis. Que l’on devrait obtenir car on a fait les aménagements nécessaires pour être conformes au PCA", dit Eric Domb.

En outre, pour faciliter les choses, la Région wallonne, a déclassé la plupart des bâtiments de l’ancienne abbaye en mars 2009 alors que la Communauté française avait classé le site au début des années 80. Dont le château néoclassique édifié en 1854, après la disparition de l’abbaye, sur les fondations de l’ancien hôpital. La reconversion de ce château en "Porte des profondeurs" en 2001, avec son intérieur transformé en aquarium géant, avait fait des vagues. "Il y avait une ambiguïté dans laquelle nous nous sommes engouffrés : le château était classé mais personne ne savait si c’était l’intérieur ou l’extérieur. Nous n’avons pas touché à l’extérieur. Au contraire, nous avons remplacé tous les châssis. Nous aurions sans doute dû demander un permis pour l’aménagement intérieur qui n’était pas anodin Mais le bâtiment était pourri jusqu’à la moelle. Nous avons conservé l’escalier de marbre et celui de service, les carrelages et les mosaïques, par contre, toute la menuiserie était perdue."

Le calme est revenu à Brugelette. "La commune joue vraiment son rôle et réagit très vite", se réjouit désormais le patron du parc. "Nos relations sont excellentes", conclut le bourgmestre.

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