Bruxelles fait-elle fuir les compagnies ?

Raphaël Meulders Publié le - Mis à jour le

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Deux poids deux mesures, dans l’aviation en Belgique ? C’est le message lancé ce vendredi par le patron de Brussels Airport, Arnaud Feist. Celui-ci dénonce une "inégalité de traitement" des différents aéroports belges. Dans la ligne de mire de l’administrateur délégué, l’aéroport de Charleroi et les "subsides wallons". "On ne veut pas la mort de Charleroi, mais la concurrence est faussée", explique Arnaud Feist. "Brussels Airport ne reçoit aucun subside et n’en demande aucun. Ce n’est pas le cas à Charleroi. Des subsides peuvent se justifier pour un petit aéroport régional avec 200 000 passagers par an. Mais Charleroi, avec ses six millions de passagers en 2011, ne peut plus être considéré comme "petit". Il faut donc arrêter cette politique de subsides." Et ce d’autant qu’une compagnie comme Ryanair (80 % des vols à Charleroi) apporterait, selon M. Feist, "très peu en valeur ajoutée pour la Belgique, notamment en termes d’emploi". Pire, "cette concurrence déloyale de Charleroi détruit de l’emploi à Zaventem", dénonce le CEO qui rappelle que Brussels Airport est le deuxième "moteur économique" du pays après le port d’Anvers.

Si la Région wallonne "chouchoute" son plus grand aéroport, la Région bruxelloise, elle, lui mettrait des bâtons sous les ailes. Pour rappel, bien que situé sur le territoire flamand, Brussels Airport dépend du fédéral. Mais les décisions de la Région bruxelloise, voisine de Zaventem, ont un impact direct sur le développement de l’aéroport. C’est notamment le cas en matière d’environnement. Un arrêté de 1999 impose ainsi aux compagnies aériennes de payer des amendes à la Région lors d’un dépassement des normes de bruit. Ceux-ci sont constatés via différents sonomètres qui, croisés avec les données fournies par les radars, permettent de repérer les compagnies en infraction. Jusqu’ici les transporteurs se sont défilés en intentant plusieurs recours contre cette mesure. Mais les différentes instances interpellées ont donné raison à la Région bruxelloise et, depuis quelques mois, les compagnies en infraction doivent payer ces amendes. Bruxelles est ainsi dans l’attente de près de 450 contraventions pour un total de dix millions d’euros.

Les réactions ne se sont pas fait attendre. Plusieurs transporteurs (les compagnies Singapore Airlines Cargo et Saudi Airlines notamment) menacent déjà de partir de Zaventem, tandis que les négociations sont au point mort pour l’arrivée d’autres.

"La situation leur semble tellement compliquée que beaucoup de compagnies préfèrent aller à Schiphol (NdlR : Amsterdam) ou d’autres aéroports proches", poursuit l’administrateur délégué. "Il manque une politique aérienne fédérale en Belgique. Les compagnies étrangères sont déboussolées : elles suivent les instructions de route de Belgocontrol (NdlR : instance fédérale) et pensent être en ordre. Et puis des amendes venues de la Région bruxelloise leur tombent dessus".

Au cabinet d’Evelyne Huytebroeck (Ecolo), la ministre de l’Environnement de la Région bruxelloise, on dit "comprendre" la réaction des compagnies aériennes, même si on maintient le principe de "pollueur/payeur". "Mais les compagnies se trompent de cible, nous explique-t-on. Le responsable de cette situation kafkaïenne, c’est l’Etat et non la Région bruxelloise. Le fédéral doit prendre ses responsabilités en mettant en place des plans de vols qui respectent la population. L’objectif de cet arrêté est celui-là : le respect des Bruxellois et non amener d’éventuelles rentrées financières pour la Région".

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