Caterpillar : "Un groupe peu transparent..."

Pierre Loppe Publié le - Mis à jour le

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Professeur émérite de la Faculté ouverte de politique économique et sociale de l’UCL, Michel Capron nous livre son analyse.

Observateur attentif de la vie socio-économique, quelle est votre réaction ?

Comme tout le monde, j’ai été surpris par l’ampleur de l’annonce. Un tiers de l’emploi condamné, c’est énorme.

Comprenez-vous la décision du groupe ?

L’entreprise Caterpillar est centrée sur le marché européen et sa production d’engins de levage, pelleteuses et autres outils est liée à la construction. Avec l’automobile, c’est l’un des maillons les plus faibles sur le Vieux continent. Le groupe avait développé un plan de relance de 150 millions d’euros. Il devra être mené à bonne fin pour assurer la pérennité de Caterpillar Gosselies. Je me demande comment il est possible que l’hémorragie soit aussi importante.

On décrit l’entreprise comme “atypique”. Contrairement à d’autres, elle a généralement bien respecté jusqu’ici la concertation sociale...

C’est vrai. Il semble que la concertation sociale ait ête équilibrée ces derniers temps. Le patron du site carolo, qui a piloté d’autres entités dans le monde, est visiblement très embarrassé. Ce n’est pas lui qui a décidé de restreindre le volume de l’emploi. Naturellement, après l’intention exprimée, on est encore nulle part sur le plan de la procédure. Les gens ne tiennent visiblement pas à mettre l’entreprise à feu et à sang. Ils se donnent le temps de la réflexion avant de décider d’éventuelle actions.

L’entreprise avait pris il n’y a pas longtemps d’importantes mesures de réduction des coûts. Visiblement, elles n’ont pas suffi.

C’est ce que dit en tout cas la direction. On pensait que la crise serait passagère. Elle s’approfondit au contraire, face à la concurrence de pays émergents où les coûts de production sont notablement moins chers. C’est l’un des maux de l’entreprise.

Les résultats annuels du groupe sont excellents. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?

En effet, l’entreprise ne se porte pas mal du tout dans l’ensemble du monde. Elle a réalisé en 2012 plusieurs milliards de bénéfices. Tellement ingénieux quand il s’agit de tirer parti des intérêts notionnels, le groupe n’a pas utilisé ne fût-ce qu’une petite partie de ses bénéfices pour sauvegarder un maximum d’emplois à Gosselies et ailleurs, pourquoi ? C’est troublant. J’y vois un manque de transparence. Celle-ci n’est pas l’apanage de ces grandes entreprises, c’est le moins qu’on puisse dire.

D’aucuns pointent du doigt le modèle de gestion. Les sites sont mis constamment en concurrence...

C’est courant, hélas. La même chose existe par exemple chez Ford et ArcelorMittal. Le but est d’accroître constamment la productivité.

A côté du plan social, les syndicats dénoncent l’absence de plan industriel...

C’est difficile à dire dans la conjoncture actuelle. Mettre au point un plan indistriel n’est pas simple. Les 150 millions promis n’ont pas été remis en cause. Seront-ils bien concrétisés d’ici 2015 ? L’élaboration d’un plan social, en revanche, est devenue classique lors des restructurations.

Pour Charleroi et sa région, le coup est très rude...

Naturellement. Il y avait déjà eu le drame de la sidérurgie, de Carsid à Duferco. Il ne faut pas oublier les sous-traitants. Si on multiplie par deux ou trois le nombre d’emplois perdus comme c’est l’usage, on arrive à des chiffres impressionnants, de trois ou quatre mille unités en l’occurrence. Quand on dit qu’une entreprise est structurante, c’est bien de cela qu’il s’agit...

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