Cécile Jodogne: "Bruxelles doit plus s'affirmer à l'étranger"
Cécile Jodogne (FDF), la nouvelle secrétaire d'Etat bruxelloise au Commerce extérieur, est une femme très prudente. La Schaerbeekoise botte ainsi très rapidement en touche dès que les sujets dérangent. Entretien.
- Publié le 11-09-2014 à 11h28
- Mis à jour le 11-09-2014 à 11h29

Selon Cécile Jodogne, Bruxelles doit miser sur ses services pour mieux s'exporter. Entretien. Cécile Jodogne (FDF), la nouvelle secrétaire d'Etat bruxelloise au Commerce extérieur, est une femme très prudente. La Schaerbeekoise botte ainsi très rapidement en touche dès que les sujets dérangent. "Je ne suis au gouvernement bruxellois que depuis quelques semaines et ce serait prétentieux de ma part d'affirmer avoir une idée totalement claire de mes nouvelles compétences, se défend l'intéressée. Je souhaite m'informer, rencontrer des gens avant de prendre certaines positions. Mais une fois que j'ai choisi un cap, j'ai l'habitude de le maintenir." La secrétaire d'Etat a ainsi déjà quelques pistes pour redynamiser l'image de Bruxelles, le "Petit Poucet" belge des missions économiques à l'étranger. "Je veux rassurer les entreprises bruxelloises : l'aide à l'export sera maintenue, voire renforcée, si possible."
Le FDF est en coalition à Bruxelles avec le PS et le CDH. Finalement, vous êtes un parti de centre, de gauche ou de droite ?
Cela dépend des questions. C'est ce qui fait notre particularité. Sur certains sujets, on sera plus à gauche, sur d'autres plus à droite. Nous sommes un parti centriste, pas au sens conservateur du terme, car nous savons prendre position, que ce soit à gauche ou à droite. Nous sommes des réformateurs sociaux, des progressistes. C'est le pragmatisme qui va déterminer notre participation dans ce gouvernement.
Quelle est votre différence par rapport au CDH, qui se dit lui aussi centriste ?
Je pourrai vous répondre après plusieurs réunions de gouvernement. Nous avons fait des campagnes différentes.
Bruxelles a opté pour un gouvernement de centre gauche. Au fédéral, on se dirige vers une coalition de centre droit. Les relations seront compliquées, non ?
A titre personnel, cette coalition au fédéral me pose beaucoup de questions. Mais il y aura des garde-fous : un cadre législatif dans lequel n'importe quel gouvernement devra s'inscrire. Je suis ouverte au dialogue, mais si l'autre met des conditions impossibles, parfois le dialogue échoue.
Le gouvernement flamand veut réduire les missions économiques princières qu'il juge trop coûteuses. C'est aussi votre point de vue ?
Non. Il faut maintenir ces missions. D'ailleurs, c'est également la volonté du patronat flamand. La position du gouvernement en Flandre est contradictoire : il veut soutenir ses entreprises tout en leur rabotant le budget pour des missions qu'elles réclament. Ces missions, qui ont de plus en plus de succès, sont très utiles et loin d'être des balades touristiques ou même de simples rendez-vous protocolaires. Le fait de partir en mission princière ouvre des portes qui ne s'ouvriraient pas normalement. Il y a un vrai travail de fond qui est réalisé autour de ses missions.
Est-ce à la princesse Astrid ou au roi Philippe de les mener ?
C'est le Palais qui doit décider. Probablement que le Roi, vu son statut, a un poids plus important qui pourrait être très utile. Mais je comprends qu'il ne soit plus aussi disponible qu'auparavant. J'ai aussi entendu que la princesse Astrid a prouvé qu'elle était capable de mener cela à bien.
Par le passé, la Flandre s'est souvent approprié Bruxelles, via des cartes intégrant la région bruxelloise en Flandre notamment. Comment éviter ce genre d'incidents ?
En mettant davantage en avant notre organisme d'export, Bruxelles Invest and Export (BIE), cela deviendra plus difficile pour la Flandre de s'approprier Bruxelles. Bruxelles doit davantage s'affirmer à l'étranger. Tout le monde connaît l'Awex, ce n'est pas encore le cas de BIE. Or, c'est le fer de lance de Bruxelles à l'étranger. On n'a pas assez mis en avant l'administration qui effectue pourtant un travail de fourmi.
Sur quels atouts doivent miser les entreprises bruxelloises à l'étranger ?
Quand on parle commerce extérieur, le citoyen lambda pense produit, nourriture, voiture,… Mais pour Bruxelles, la grande partie de ces "produits" à l'exportation sont des "services". Il y a des niches à exploiter, comme celle de la promotion de nos cabinets d'avocats. Bruxelles est très connue pour son arbitrage de litiges entre sociétés internationales. Il y a aussi un savoir-faire important dans les domaines de l'architecture, l'urbanisme, la mode, le design, la culture en général… Il faut pouvoir mieux vendre ces secteurs à l'étranger, d'autant qu'ils participent à l'image de Bruxelles et sont porteurs d'emploi. Je veux aussi renforcer les synergies entre exportations et investissements étrangers à Bruxelles.
Vers quels pays Bruxelles doit-elle se tourner ?
Il y a les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), mais aussi le bassin méditerranéen et l'Afrique. Je veux instaurer une approche plus géographique que sectorielle comme c'était le cas auparavant. Comme le fait l'Awex, on doit se focaliser de manière intensive sur quelques pays ou une zone géographique durant un an.
