Coene fait grincer des dents. "Normal"

Ariane van Caloen Publié le - Mis à jour le

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Luc Coene, le gouverneur de la Banque nationale de Belgique (BNB), n’a pas sa langue en poche. Il vient de le confirmer avec une interview dans laquelle il envoie deux messages. Un : il a fait comprendre que le groupe franco-belge Dexia devrait être rapidement recapitalisé si les conditions de marché restaient mauvaises. Deux : il a brandi la menace d’une récession et donc d’un dérapage budgétaire en Belgique. "Si la croissance se révélait nulle cette année, le déficit dépasserait légèrement 3 % du PIB", a-t-il dit.

Par de tels propos, Luc Coene a fait grincer des dents. Surtout dans le monde politique flamand. "En faisant de telles déclarations, Coene dépasse son autorité. Coene est un homme intelligent. Mais dans ce cas-ci, il s’exprime comme un homme politique. Et ça c’est un pas de trop", a réagi le ministre-Président de la Région flamande, Kris Peeters (CD&V). Qui estime qu’en période de crise, il faut peser ses mots et veiller à ne pas susciter un sentiment de peur ou de méfiance auprès de la population. Le vice-Premier Johan Vande Lanotte (SP.A) s’est aussi montré mécontent de cet "alarmisme".

Assiste-t-on à une polémique entre le monde politique et le banquier central ? Ivan Van de Cloot, chief economist à l’Itinera Institute, a une autre lecture. "Depuis toujours, il y a eu une tension entre le milieu politique et le banquier central. En quelque sorte, la tradition se perpétue. Mais, elle est un peu plus pénible en période de crise", souligne-t-il.

Pour lui, Luc Coene répète ce qu’il a déjà dit sur Dexia, en avril dernier, lors d’une commission parlementaire à huis clos. Il le redit en public car "il n’est pas suffisamment convaincu que le monde politique considère la gravité de la situation de Dexia. C’est la responsabilité du gouverneur de se positionner. Sa dialectique est normale", souligne-t-il.

Quant à la réaction assez virulente du politique, il la met sur le compte de l’approche des élections communales. Le monde politique veut notamment "se distancier" de la débâcle de Dexia. Un dossier où il a montré son "incompétence".

Du temps de Guy Quaden, il semblait avoir moins de joutes verbales de ce type. Ce qui amène Ivan Van de Cloot à se demander si l’ex-gouverneur a suffisamment joué son rôle. "Pendant sa période, le gouvernement a utilisé trop de ficelles (NdlR : budgétaires). Et le banquier central ne l’a pas arrêté", souligne l’économiste.

Qui remet en cause la manière dont le comité de direction et le gouverneur sont nommés en Belgique. Chacun a sa couleur politique. Guy Quaden est proche du PS. Luc Coene est étiqueté Open VLD pour avoir été chef de cabinet de Guy Verhofstadt. "Il faut reconsidérer la tradition politique", estime-t-il, se référant au modèle britannique où le gouverneur vient souvent du milieu académique. Mais, il met aussi en garde sur le risque de proximité avec un certain establishment, en particulier bancaire. Et de faire référence au récent rapport de la BNB sur la scission des métiers bancaires. "Le raisonnement donné est presque un copier-coller des arguments donnés par le lobby des banques. Dans d’autres pays comme la Grande-Bretagne, la discussion est beaucoup plus riche. La Banque nationale devrait peut-être approcher certaines questions avec un peu plus de sérieux", conclut l’économiste.

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