Eric Janssen: «UCB en de bonnes mains»

PIERRE LOPPE Publié le - Mis à jour le

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ENTRETIEN

Eric Janssen, administrateur d'UCB depuis 1976, a participé mardi à son dernier conseil, tout comme l'ancien ministre Mark Eyskens. Au moment de quitter le groupe, il se dit confiant en son avenir ainsi que dans celui du pays.

UCB, au sein duquel vous avez représenté votre famille pendant trente ans, est-il assuré de sauvegarder son ancrage belge?

Nous pensons que oui, à condition qu'il conserve une taille suffisante, une spécialisation dans ses secteurs et qu'il génère beaucoup de valeur ajoutée. J'ai confiance dans l'avenir de ce groupe. Il a pris un tournant important, est devenu plus technique et plus biopharma. Il est en de bonnes mains. En effet, l'équipe de management est exceptionnelle et motivée par le désir de réussite. UCB est classé vingt-neuvième de la pharma mondiale et c'est l'un des grands de la biopharma mondiale. N'oubliez pas que Pfizer, premier groupe pharmaceutique mondial, était vingt-cinquième il y a vingt-cinq ans. Et si UCB faisait de même?

UCB est-il à l'abri d'une OPA?

Le holding faîtier détient 40,33 pc. Une OPA paraît donc difficile. Mais naturellement, tout est possible dans la vie... Il existe une poison pill qui nous permettrait non seulement d'atteindre la majorité mais aussi de nous réserver le choix du partenaire éventuel. Quoi qu'il arrive, cela nous donne la possibilité de dire oui ou non en fonction de ce qui est bon pour UCB.

Hormis sa hausse de la semaine dernière sur un avis de Merril Lynch, l'action ne connaît pas une évolution exceptionnelle...

N'oubliez pas qu'elle cotait 20 € il n'y a pas si longtemps et qu'elle s'est bien ressaisie depuis. Pas mal d'investisseurs attendent de connaître le résultat des synergies annoncées et, en particulier, du rachat de la société biotechnologique anglaise Celltech. Ce fut un investissement pharma lourd (2,4 milliards d'euros) mais aussi très attendu, avec un portefeuille de recherche et développement très prometteur! Quant à savoir si la molécule Cimzia, utilisée dans le traitement contre la maladie de Crohn, sera un succès, on sera fixé d'ici juillet.

Vous qui avez présidé Puilaetco jusqu'en 1996, comment voyez-vous l'avenir des Degroof, Petercam et autres banques privées?

A mon avis, toutes ces maisons seront inféodées à des groupes internationaux d'ici dix ans. Vu que les principaux acteurs étrangers opèrent sur le marché belge avec des moyens énormes, je vois mal comment des groupes indépendants pourraient continuer à faire cavalier seul. On assiste selon moi à la fin d'une profession nationale.

Pensez-vous que l'internationalisation qui touche les sociétés belges va se poursuivre tous azimuts?

C'est clair, aucun secteur n'y échappe et n'y échappera! Nous souffrons d'avoir été un petit pays avec un petit marché et nous peinons à tout garder en Belgique. Si nous voulons réussir, c'est nous qui devons aller chercher des solutions ailleurs à tout prix, avoir un esprit de mondialisation. Celle-ci est inéluctable. Les spécialisations sont un bien mais ne sont pas éternelles. Les gens aiment trouver leur banquier aux quatre coins du monde.

Un brin de nostalgie?

Non, je suis tout simplement réaliste. Notre famille s'est toujours battue pour garantir l'ancrage belge, aussi bien celui chez Solvay que chez UCB. Dans le même esprit, lors de la reprise de Puilaetco par le groupe KBL, nous avons privilégié une solution belgo-belge.

En tant que représentant d'une grande famille, quel est votre sentiment quant à l'avenir du pays?

Je garde confiance malgré les vicissitudes de la politique et le fait que l'on réagisse souvent très tard, quand la déliquescence menace. Les familles ont un rôle à jouer dans les sociétés dont elles ont hérité. Je me refuse à faire le deuil de la Belgique même si l'on tend de plus en plus vers l'Europe des régions. Je constate avec regret que le monde politique peine à maintenir l'unité du pays. Mais malgré tout, j'y crois et j'espère.

© La Libre Belgique 2005

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