Faut-il croire les prévisionnistes ?

Éclairage d'Isabelle de Laminne Publié le - Mis à jour le

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Notre société a créé un nouveau genre humain : l’expert. On ne peut plus s’en passer que ce soit pour se nourrir ou maigrir, décorer ou jardiner, investir ou comprendre l’économie. Dans une société de plus en plus sécularisée et angoissée, les experts rassurent et surtout ils prédisent. Ils envahissent les médias dans des costumes de circonstance nimbés de leur certitude et de l’arrogance de leur savoir. Ils sont devenus incontournables dans tous les domaines et leurs propos engendrent trop souvent un renoncement à ses propres convictions.

Cependant, on oublie de confronter leurs prévisions à la réalité. La crise de 2008 a démontré que les gourous financiers et les économistes de tous bords n’ont rien vu venir de ce qu’ils qualifieront, plus tard, de " plus longue crise financière de l’histoire ". Déjà en 1929, Irving Fisher, économiste de renommée mondiale, déclarait juste avant le krach de 1929 que " le marché boursier a atteint un plateau élevé et permanent" .

Plus récemment, Dominique Strauss-Kahn, ex-directeur général du Fonds monétaire international (FMI), reconnaissait que les prévisions de l’organisme qu’il présidait à l’époque avaient été mises en échec par la crise financière de 2008. Il faut alors beaucoup d’humilité pour reconnaître que l’on n’a pas été capable de prédire une crise systémique de grande ampleur.

Faut-il rappeler qu’en mai 2008, Dominique Strauss-Kahn avait affirmé au sujet du secteur financier que les pires nouvelles étaient derrière nous ? Dans son livre "Wrong : why experts keep failing us and how to know when not to trust them", David H. Freedman relève que les experts économiques se trompent très souvent et que, suite à une étude qu’il a réalisée, il en est arrivé à la conclusion que les prévisions économiques étaient fausses dans un nombre étonnant de cas.

Comment expliquer de telles erreurs dans les prévisions économiques ? " Ces dernières années, les experts ont réalisé un terrible travail. Cependant, ils pensaient que l’économie était une science. Or, l’économie est principalement basée sur le comportement humain ", note William White, ancien Chief Economist de la BRI. Il est vrai que, si les lois de la physique sont prévisibles, celles du comportement humain ne le sont pas. Philip Tetlock, professeur de psychologie à l’université de Pennsylvania, a suivi 300 experts gouvernementaux et a analysé leurs 8 000 prédictions sur plusieurs années. Il explique le nombre important d’erreurs dans ces prédictions.

"Présents dans les médias, les experts estiment qu’ils doivent donner des opinions très fortes et souvent sur de longues périodes pour être entendus. On a constaté que ce sont les experts les moins flamboyants et les plus ennuyeux qui se sont le moins souvent trompés ."

Dans les médias audiovisuels, le stress des directs, les temps de parole très comptés et le désir de paraître, encouragent souvent l’expression de comportements plus arrogants et des prises de position plus extrêmes qui ne se vérifient pas toujours dans le futur.

Et que dire alors des prévisions qui sont faites aujourd’hui ? Inflation, éclatement de la zone euro, bulle des pays émergents, crise des pensions, que faut-il en penser ? Comme nous cherchons, depuis des générations, des gens pour nous guider dans le noir de notre avenir, nous les écouterons encore et nous y croirons sans doute. Seul l’avenir nous dira s’ils ont eu tort ou raison. Dans un tel environnement, c’est l’humilité qui devrait être de mise sans oublier la célèbre phrase de Jean Gabin : " Parce que je sais qu’on ne sait jamais "

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