Garanties KBC : l’Etat belge dans une négociation délicate

Ariane van Caloen Publié le - Mis à jour le

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L’Etat belge risque-il de faire un cadeau à la KBC ? Cette question a resurgi hier après que le "Tijd" et "L’Echo" ont révélé que le comité ministériel restreint ("kern") avait examiné mercredi la demande de KBC et BNP Paribas Fortis de revoir les garanties accordées sur les titres à risque (CDO, etc.).

De source proche du dossier, le Premier et les vice-Premiers ont effectivement examiné la question. Rien d’étonnant à cela pour deux raisons. Comme le rappelle la porte-parole de KBC, le contrat signé en 2009 prévoyait une "évaluation 3 ans après".

Dans ce cadre-là, certains voudraient faire croire que les banques qui ont fait appel à l’Etat en 2008-2009 quand elles étaient au plus mal veulent maintenant renégocier à leur profit ces garanties, nous dit une source proche du dossier. Et de pointer du doigt les socialistes qui ont trouvé dans les banques une cible idéale en cette période préélectorale. La sortie, il y a quelques jours, de Laurette Onkelinx - "Les banquiers commencent à me gonfler" - n’est pas passée inaperçue

Toutefois, toujours selon cette même source, il y aurait un large consensus au sein du "kern" pour revoir cette garantie et du même coup réduire le risque encouru par l’Etat. D’autant que ce dernier supporte déjà un gros risque avec les garanties apportées à Dexia (55 milliards dont 60 % à charge de la Belgique).

L’enjeu des négociations en cours est surtout crucial pour KBC. Les CDO garantis en 2009 représentaient 20 milliards d’euros. Ils sont tombés aujourd’hui à 12,2 milliards en partie en raison de ventes d’une (petite) partie du portefeuille mais aussi de réductions de valeur. La banque flamande paie actuellement 340 millions d’euros par an de commissions. Une manne pour le budget mais un coût élevé pour la banque. Comment le réduire ? Du côté de certains représentants de l’Etat, on serait enclin à retirer ces garanties et on accepterait en échange une réduction du montant des commissions en 2015 lesquelles "seraient légèrement rabotées". Histoire de faire passer le message que le manque à gagner pour l’Etat est limité et qu’on est plutôt dans un win-win.

La question doit toutefois encore faire l’objet de discussions entre experts des différents partis avant d’être acceptée par le gouvernement.

Les analystes voient, eux, plutôt d’un bon œil la volonté de KBC (qui devrait saisir toute occasion pour vendre ses CDO) de continuer à réduire son risque. Selon les calculs de Jean-Pierre Lambert (Keef, Bruyette&Woods), le gain net pour KBC pourrait représenter 120 millions d’euros (170 millions avant taxe). Ce qui laisserait penser que le manque à gagner pour l’Etat serait du même montant. A confirmer bien sûr. L’analyste voit dans cette renégociation une preuve des "efforts réussis du management" de KBC de "réduire le risque". L’étape suivante sera le remboursement des interventions de l’Etat et la Région flamande dans le capital de la banque.

Du côté de BNB Paribas Fortis, l’enjeu est, on l’a dit, d’un tout autre ordre. Puisque les garanties portent sur un montant de 1,5 milliard d’euros et les commissions annuelles s’élèvent à seulement 10,5 millions d’euros.

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