Les trois scénarios pour mettre fin au feuilleton grec
Le Premier ministre grec a renoué le contact avec ses homologues de la zone euro, mardi à Bruxelles. Les partenaires de la Grèce semblent prêts - mais pas déterminés - à lui donner une dernière chance. Athènes doit déposer ses propositions d'ici vendredi. Un sommet à 28 est prévu dimanche.
- Publié le 07-07-2015 à 22h32
- Mis à jour le 08-07-2015 à 09h30

Par la porte ou par la fenêtre. Le Premier ministre grec a toujours dit qu'il voulait sortir les négociations sur l'austérité budgétaire imposée à son pays du carcan des discussions techniques pour les porter au niveau du débat politique. Fort du soutien reçu lors du référendum de dimanche, il n'a pas dévié de son cap, quitte à tordre quelque peu le bras des autres chefs d'Etat et de gouvernement européens. Alors que tout le monde s'attendait à ce qu'Athènes débarque ce mardi à Bruxelles avec de nouvelles propositions "sérieuses et crédibles", selon les vœux de François Hollande et Angela Merkel, Alexis Tsipras s'est en effet présenté devant ses partenaires les mains vides. Ou presque.
Une nouvelle demande grecque
L'après-midi avait pourtant bien débuté puisque Euclide Tsakalotos, le successeur du dérangeant Yanis Varoufakis au portefeuille des Finances, s'est présenté devant ses pairs de l'Eurogroupe, la chemise dans le pantalon et soigneusement repassée, sans faire de déclaration tonitruante. Mais alors que ces derniers espéraient se pencher sur des documents précis synthétisant les projets de réformes et les attentes de son gouvernement, le grand argentier grec s'est contenté d'une simple présentation orale. Une manœuvre qui a suscité un certain agacement parmi ses petits camarades, fatigués d'enchaîner les réunions "extraordinaires" à répétition pour aboutir à des résultats stériles. Et l'hypothèse d'un "Grexit" toujours plus imminent est repartie de plus belle.
Plus optimiste, Euclide Tsakalotos estimait de son côté avoir perçu "une volonté politique de donner une nouvelle chance" à son pays.
Au sortir de ces échanges, le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem, s'est contenté d'un court communiqué soulignant que les ministres des Finances devraient recevoir ce mercredi une demande formelle de la Grèce sollicitant une nouvelle aide au Mécanisme européen de stabilité (le MES). Cette requête sera analysée et soumise aux créanciers de la Grèce - la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international.
Jeudi soir, dernier délai.
A leur arrivée au sommet, plusieurs chefs d'Etat et de gouvernement membres de la zone euro n'ont pas masqué leur désappointement face à l'attitude d'Alexis Tsipras. Des critiques qui n'ont pas semblé désarçonner l'intéressé. En préambule à la réunion, ce dernier s'est entretenu avec François Hollande, la chancelière Merkel et le président de la Commission Jean-Claude Juncker pour détailler ses intentions. Quelles sont-elles ? Le flou demeure. Il semble qu'Athènes s'engagerait à des réformes en échange d'un nouveau plan d'aide et d'une restructuration de la dette. Une exigence dont le gouvernement d'Alexis Tsipras a fait une ligne rouge, mais dont une majorité d'Etats membres - l'Allemagne en tête - ne veut pas entendre parler. En attendant de pouvoir bétonner un "accord viable"sur le moyen à long terme, les Grecs souhaitent également obtenir un ballon d'oxygène financier leur permettant de tenir leurs obligations jusqu'à la fin de ce mois. Le pays doit notamment s'acquitter d'un remboursement de 3,5 milliards d'euros à la BCE à la date du 20 juillet.
La formule n'a guère emballé les autres dirigeants européens. Peu avant 22h30, ceux-ci ont mis un terme à leur réunion, ponctuée de ce qui ressemble très fort à un ultime ultimatum. Athènes a jusqu'au jeudi soir - ou tôt vendredi matin, selon les versions - pour enfin déposer sur la table des propositions de réformes"concrètes, détaillées et opérationnelles", selon les termes du Premier ministre belge Charles Michel, visiblement à bout de patience. "Nombreux sont ceux qui ont souligné que l'organisation du référendum avait rendu la situation plus délicate", a-t-il souligné, ajoutant que "la pression et la responsabilité se situent plus que jamais sur les épaules du gouvernement grec. Nous sommes maintenant face au moment de vérité."
Ces mesures seront ensuite évaluées par le trio de créanciers et les ministres des Finances, avant un nouveau sommet des dirigeants de la zone euro dimanche, suivi d'un Conseil européen à Vingt-huit cette fois. Signe que l'heure est grave. A défaut d'accord - qui semble l'hypothèse la plus probable en l'état - , ceux-ci devraient en effet acter le "Grexit" et ses imprévisibles conséquences géopolitiques.
Si Alexis Tsipras et François Hollande ont estimé qu'un tel deal était toujours possible, la chancelière allemande affirmait pour sa part ne pas être "exagérement optimiste". Angela Merkel espère obtenir suffisamment de propositions de la part d'Athènes pour demander au Bundestag d'approuver l'ouverture de discussions en vue d'un nouveau plan d'aide à long terme. Si les mesures proposées sont jugées adéquates et que le gouvernement grec commence à les mettre en œuvre, un prêt à court terme pourra être accordé à la Grèce. La vraie question est de savoir si elle-même y croit vraiment...
MM. Tusk et Juncker n'excluent rien...
Jusqu'ici, dans les interminables négociations entre la Grèce et ses créanciers, les parties s'étaient gardées de ne pas se fixer de "deadlines" trop contraignantes pour aboutir à un accord. Ce temps-là est désormais révolu. Hier soir, à l'issue du Sommet de la zone euro, Donald Tusk (président du Conseil europen) et Jean-Claude Juncker (président de la Commission européenne) ont été très clairs : la Grèce a jusqu'à "vendredi 8h30 au plus tard" pour faire des propositions de réformes à ses créanciers afin de permettre une reprise des négociations sur un nouveau plan d'aide financière (lire ci-contre). Les deux hommes, côte à côte, n'ont pas fait mystère de la gravité et de l'urgence de la situation. "Je n'exclus aucune hypothèse", a martelé le président de la Commission. Et le Luxembourgeois de préciser : "Nous avons préparé un scénario de 'Grexit' à la Commission européenne, tout comme [un scénario] d'aide humanitaire, mais ce que je préfère, c'est un scénario pour matintenir la Grèce dans la zone euro." A bon entendeur...
Alexis Tsipras prendra le temps, ce mercredi matin, de faire un petit arrêt à Strasbourg pour s'exprimer devant le Parlement européen. Initialement, le Premier ministre grec avait décliné l'invitation des eurodéputés, ce qui n'avait pas plu du tout au chef de file des libéraux européens, Guy Verhofstadt. Manifestement, le coup de gueule de notre ancien Premier ministre a porté ses fruits puisque, en cours d'après-midi, on apprenait que M. Tsipras avait changé d'avis.
Les trois scénarios pour mettre fin au feuilleton
Finalement, un accord
Pour bon nombre d'économistes, le meilleur scénario est qu'Alexis Tsipras se rabiboche avec les dirigeants européens et qu'il trouve finalement un accord sur les réformes à réaliser en échange de la poursuite du plan d'aide. "Il y a trois semaines, je vous aurais dit qu'il y avait 95 % de chances qu'un accord soit trouvé, explique Grégory Claeys, économiste du think tank Bruegel. Je n'aime pas les pronostics, mais on est maintenant à 50 % de chances." Pour l'économiste, il faudrait que les créanciers permettent à Alexis Tsipras de mettre en œuvre des réformes conformes à son programme. "Il faudrait qu'il s'attaque à la corruption et aux oligarchies qui minent l'économie grecque, poursuit Grégory Claeys. Je le vois mal accepter de nouvelles mesures d'austérité."
Un "Grexit" forcé ou… consenti
Malgré la poursuite des négociations, le gouvernement grec et ses créanciers ne parviennent pas à un accord. Cela ne signifie pas que la Grèce sera éjectée de la zone euro dès la fin des pourparlers. Tant que le système bancaire grec tiendra debout, le "Grexit" sera évité. "Athènes ne sortira de la zone euro que si les banques grecques font faillite, explique Grégory Claeys, économiste chez Bruegel. Dans ce cas, le gouvernement grec sera obligé d'imprimer une nouvelle monnaie pour recapitaliser les banques du pays." Et qui dit nouvelle monnaie dit sortie de la zone euro. La grande question est donc de savoir jusqu'à quand la BCE va soutenir le système bancaire grec via ses prêts d'urgence. "Théoriquement, la BCE a le pouvoir de stopper son aide d'urgence si elle estime qu'il y a peu de chances qu'un accord soit trouvé, ajoute Grégory Claeys. En pratique, la BCE devrait laisser les dirigeants de la zone euro décider du sort de la Grèce. Ce n'est qu'après qu'elle pourrait mettre un terme à ses prêts d'urgence." L'économiste ajoute qu'il n'est pas certain que la BCE suspendra son aide d'urgence si Athènes ne rembourse pas son prêt de 3,5 milliards d'euros qui arrive à échéance le 20 juillet prochain. Par ailleurs, Grégory Claeys ne croit pas du tout au scénario d'un "Grexit" à l'amiable. "Le gouvernement grec a toujours dit qu'il voulait rester dans la zone euro, argumente-t-il. Je ne le vois pas accepter une sortie par consentement." Quoi qu'il en soit, un retour à la drachme aurait des conséquences très néfastes pour la population qui verrait son pouvoir d'achat s'éroder davantage.
La Grèce fait défaut mais reste dans la zone euro
Si aucun accord n'est trouvé entre le gouvernement grec et ses créanciers, cela ne veut pas forcément dire que le pays sortira de la zone euro. Selon Grégory Claeys, économiste chez Bruegel, une troisième voie est possible. "On pourrait laisser Athènes faire défaut tout en sauvant le système bancaire grec, explique-t-il. Pour cela, il faudrait recapitaliser les banques grecques via le Mécanisme européen de stabilité. Cela leur permettrait d'accéder aux liquidités de la BCE." Si la faillite des banques est évitée, Athènes pourra logiquement se prémunir contre un "Grexit". En effet, c'est l'impression d'une nouvelle monnaie destinée à recapitaliser les banques grecques qui provoquerait la sortie de la Grèce de l'eurozone. "Si on sauve les banques, il est possible de laisser le gouvernement grec se débrouiller sans un nouveau plan d'aide, ajoute Grégory Claeys. En cas de défaut grec, ce sont les pays de la zone euro qui essuieront la majorité des pertes. Pour les dirigeants européens, l'avantage est qu'ils ne seront plus engagés dans un plan d'aide." Et même si l'Etat grec fait défaut, il pourra toujours assurer le paiement des pensions et des prestations sociales. En effet, Athènes est actuellement en situation de surplus primaire : cela signifie que son budget est bénéficiaire quand on retire les charges de la dette publique. Reste à voir si les dirigeants européens opteront pour une solution qui revient à effacer partiellement voire totalement la dette publique grecque.
