Hollande bousculé : le retour à la réalité

Bernard Delattre, correspondant permanent à Paris Publié le - Mis à jour le

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Si François Hollande croyait vraiment que son élection allait "réenchanter le rêve français" - comme il l’avait dit pendant sa campagne -, c’est, pour lui, le dur retour à la réalité. Hasard de l’agenda élyséen, l’annonce jeudi du plan social à PSA a contraint le Président à annuler au débotté la visite qu’il avait prévue dans une agence de "Pôle Emploi" : l’organe chargé de l’accompagnement et du reclassement des chômeurs.

"C’est la première grosse crise sociale, pour le nouveau Président", ont analysé en boucle, et pendant toute la journée, les commentateurs, jeudi. C’est passer un peu vite sur d’autres dossiers industriels chauds : le chômage partiel qui n’en finit pas chez ArcelorMittal-Florange, ou le gros plan social en cours à Air France, pour ne citer qu’eux. Il n’empêche, le plan social annoncé jeudi est le plus douloureux de ces dernières années. Et les deux analogies qu’il a immédiatement suscitées, dans la bouche de dirigeants syndicaux notamment, ont renvoyé à des périodes très noires, qui plus est laborieusement gérées à l’époque, par les socialistes. La fermeture de Renault-Vilvorde, d’abord : à la fin des années 90, sur laquelle avait buté l’alors Premier ministre Lionel Jospin. La crise de la sidérurgie dans l’est de la France, ensuite : celle qui, dans les années 80, avait donné tant de fil à retordre à Laurent Fabius, à Matignon.

Cet été, déjà, François Hollande avait dû gérer la dégringolade des prévisions de croissance économique, et la publication de chiffres du chômage mauvais pour le treizième mois consécutif - et même catastrophiques, cette fois-ci. Voilà donc, en plus, le "véritable choc" (dixit le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault) engendré par PSA.

Il va bousculer François Hollande dans la démarche posée qu’il affichait, mise en avant pour trancher avec la méthode, jugée brouillonne et uniquement médiatique, de Nicolas Sarkozy. On l’a encore bien vu avec la grande concertation interprofessionnelle que François Hollande a fait tenir, au début de cette semaine : deux jours entiers, aucune réforme annoncée à leur issue - il faut "donner du temps au temps".

Certes. Mais, vu la crise chez PSA, les syndicats demandent désormais que l’on accélère le tempo. Ainsi, jeudi, le leader de la CGT, Bernard Thibault, a déploré que n’aient pas d’emblée été prises des mesures pour redéfinir, plus strictement, le licenciement économique. Les employeurs et la droite, eux, levaient les yeux au ciel devant le train de sénateur de ces "palabres". C’est l’angle d’attaque qu’a choisi de privilégier l’UMP. Son n°1, Jean-François Copé, s’est dit "horrifié" que le nouveau pouvoir socialiste ne se soit pas encore attaqué aux deux maux français que rappelle, selon lui, la crise chez PSA : le coût exagéré du travail, et l’insuffisante compétitivité.

Bousculé, le pouvoir l’est aussi dans le réflexe, commode, qui était le sien : mettre sur le dos de l’ex-majorité toutes les mauvaises nouvelles socio-économiques. Ainsi, cette semaine encore, le ministre du Travail (Michel Sapin, proche de François Hollande) a accusé Nicolas Sarkozy de comportement "criminel", sur PSA : l’ex-Président aurait sciemment fait en sorte que le constructeur reporte son plan social à l’après-présidentielles. De bonne guerre au début, cette défausse "hollandaise" sur le legs Sarkozy risque de ne plus être jugée suffisante par l’opinion. Et, en attendant, elle permet à l’UMP de railler un PS qui "masque par des attaques personnelles son incapacité à prendre des décisions courageuses".

Bousculé, le PS risque de l’être tout autant à l’égard de ses concurrents, à gauche : communistes et "mélenchonistes". A l’instar, à l’autre extrême, des lepénistes, ils exigent de l’Etat un interventionnisme peu compatible avec (outre les règles européennes) l’austérité budgétaire du moment. François Hollande devra riposter autrement que ne l’avait fait Lionel Jospin, il y a une dizaine d’années. Son mémorable "L’Etat ne peut pas tout" (après la fermeture d’une usine Michelin) avait figuré dans ses petites phrases qui avaient contribué à son fiasco final, à la présidentielle de 2002.

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