"Huy ne sortira jamais du nucléaire"

Ariane van Caloen Publié le - Mis à jour le

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Sur la carte de la Wallonie, Huy occupe une place très particulière. C’est la seule commune du sud du pays à accueillir une centrale nucléaire. On peut d’ailleurs se demander ce qu’elle serait sans les trois unités construites à Tihange. La réponse du bourgmestre Alexis Housiaux (PS) fuse : "si la centrale disparaissait, ce serait une catastrophe économique", explique-t-il.

Les chiffres sont suffisamment parlants. Les taxes payées à Huy par Electrabel, l’exploitant des sept réacteurs nucléaires en Belgique, s’élèvent à environ 14-15 millions d’euros, soit un tiers du budget total de la ville. La filiale GDF Suez est aussi le premier employeur privé avec 969 personnes employées auxquelles il faut ajouter environ 500 emplois indirects. "Si le zoning s’est installé à Tihange, c’est essentiellement en raison de la proximité de la centrale", explique Jean-Jacques Pleyers, responsable de la communication pour la centrale de Tihange.

On n’ira pas jusqu’à en déduire que les 22 000 Hutois sont heureux de "leur" centrale, mais, comme le dit Alexis Housiaux, "on fait avec". Cela fait partie du paysage au même titre que la Meuse qui traverse la ville. Les nuisances pour les riverains sont même, à l’entendre, relativement limitées comparativement à celles causées par nombre d’entreprises. "A part le bruit de la tour de refroidissement et le panache de vapeur, cela ne crée pas de grand problème pour les Hutois", assure le bourgmestre. Qui aime raconter que le stand de tir avoisinant la centrale suscite plus de plaintes des riverains que la centrale elle-même.

Mais les Hutois ne doivent pas seulement vivre avec un panache de vapeur et des grandes tours, il est impossible pour eux de ne pas penser au risque d’un accident nucléaire. Surtout après Fukushima. "Quand on interroge la population, il y a une crainte quand même", reconnaît M. Housiaux. Et cela malgré les mesures de sécurité qui sont prises. A cet égard, le dialogue entre Electrabel et la commune semble plutôt bien se passer. "Chacun respecte les responsabilités et les prérogatives de l’autre", assure Jean-Jacques Pleyers. Il est passé le temps où l’ex-bourgmestre Anne-Marie Lizin profitait du moindre incident pour se faire filmer débarquant avec les pompiers. Le style Housiaux est moins médiatique.

Pour tout accident hors nucléaire (chimique, électrique, etc) c’est la commune qui intervient en première ligne. "La moindre chose qui se passe, je suis informé. Un ouvrier qui se coupe le doigt, je le sais", explique Alexis Housiaux.

S’il s’agit d’un accident radiologique, c’est le fédéral et donc le gouverneur de la province (de Liège) qui est compétent. "Quand le 100 est appelé à Tihange, le gouverneur est immédiatement au courant", explique Jean-Jacques Pleyers. Un gouverneur qui met la pression pour renforcer les plans d’urgence. Une pression qui s’est accrue après l’accident de Ghislenghien.

Un exercice de simulation d’un incident nucléaire avec peut-être une évacuation de la population est prévu en novembre prochain.

La hiérarchisation en termes d’intervention est toutefois un point de divergence. Pour une question d’efficacité, le bourgmestre de Huy aimerait que la commune puisse intervenir immédiatement en cas d’incident radiologique. D’où des discussions avec le gouverneur et le fédéral.

La commune a aussi quelques (petits) différends avec Electrabel ainsi que l’AFCN (Agence fédérale de contrôle nucléaire). Une procédure judiciaire devant le tribunal de première instance a été introduite il y a plusieurs années déjà concernant concernant le couvercle de la cuve de Tihange 1, installé en 1999. La contestation porte sur les normes à respecter. D’où un interminable débat entre experts.

Mais qui, comme on a pu le constater, n’a absolument pas influencé la récente décision du gouvernement de prolonger la durée de vie de Tihange 1 de 40 à 50 ans (jusqu’en 2025).

Sauf revirement politique, le site de Tihange devrait dès lors arrêter de produire de l’électricité à partir de 2025. Une date fatidique pour Huy ? Alexis Housiaux ne le croit pas. "On va sortir de la production d’électricité, mais la ville Huy ne sortira jamais du nucléaire", souligne-t-il. Une façon de faire comprendre que, même après la fermeture des centrales, il y aura encore "toute une activité" sur le site. Ne fût-ce que pour le démantèlement qui prendra des dizaines et des dizaines d’années et éventuellement l’entreposage de déchets. Ce qui amène le bourgmestre à conclure "qu’il faudra un fonds de conversion pour la commune".

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