"La BCE ne pourra pas éviter une crise"

Pour Paul De Grauwe, professeur à la London School of Economics, le fait que la BCE prenne les rênes du mécanisme européen de supervision bancaire comporte plusieurs aspects positifs. Pourtant, le risque d'une crise n'est pas totalement éloigné.

Ariane van Caloen
"La BCE ne pourra pas éviter une crise"
©Photo News

C'est hier mardi 4 novembre que la Banque centrale européenne (BCE) a pris officiellement les rênes du mécanisme européen de supervision bancaire, étape préliminaire au projet d'Union bancaire. La nouvelle autorité de supervision, le "SSM", contrôlera de manière directe 120 groupes bancaires de la zone euro. Elle s'y est déjà préparée avec les "stress tests" publiés il y a une dizaine de jours. Les banques retenues sont celles qui ont un bilan supérieur à 30 milliards d'euros ou un montant équivalent à au moins 20 % du PIB d'un Etat membre. Quelque 3 500 banques de moindre importance resteront, elles, sous la houlette de leurs superviseurs nationaux.

En pratique, le "SSM" pourra délivrer des licences bancaires, donner son feu vert à certaines prises de participations importantes au capital d'une banque et surtout tester la solidité financière des établissements visés.

Les autorités prudentielles nationales - la BNB pour la Belgique -, garderont certaines compétentes en matière de contrôle telles que la protection des consommateurs ou la gouvernance d'entreprise.

Aspects positifs

Pour Paul De Grauwe, professeur à la London School of Economics, la nouvelle mission attribuée à la BCE comporte deux aspects positifs. "Le fait qu'on synchronise et harmonise la supervision est une bonne chose", nous explique-t-il.

Deuxième élément positif : "La distance entre le superviseur et les banques s'accroît. Ce qui rend possible une plus grande neutralité. Dans la situation précédente, il y avait une symbiose entre le superviseur et les banques" , ajoute-t-il.

Faut-il en déduire que ce changement élimine dorénavant tout risque de crise ? "Non", répond Paul De Grauwe sans hésiter. Et de faire le rapprochement avec les Etats-Unis où il y a un superviseur centralisé, qui n'a pas vu venir la crise et n'a donc pas pris les mesures préventives pour l'éviter. "On a vu dans le passé que quand les banques sont euphoriques, les superviseurs le sont tout autant." Conclusion du professeur : cette nouvelle mission confiée à la BCE n'est pas le remède miracle mais apporte des aspects positifs qui "étaient nécessaires".

Faire ses preuves

L'agence de rating Standard&Poor's se montre aussi favorable. "Bien que la BCE doit encore faire ses preuves en tant que superviseur, nous croyons qu'elle peut remédier à certaines déficiences qui sont apparues au moment de la crise financière" , souligne S&P dans un communiqué. La BCE devra notamment prouver son indépendance politique par rapport à des décisions qui pourraient avoir un impact national. Tout comme elle devra faire ses preuves en matière de gouvernance et formaliser ses relations avec les autorités nationales dans les 18 pays (bientôt 19 avec la Lituanie au 1er janvier), qui font partie de la zone euro.

Institutions non bancaires

S&P souligne également que dans certains pays, des institutions (comme des compagnies d'assurance, des fonds communs, etc.) peuvent représenter un poids important dans le système financier tout en échappant à tout contrôle bancaire. Le rôle de ces institutions non bancaires peut limiter la capacité des autorités prudentielles à prévenir les risques dans le système financier. "Ce qui fera en sorte que le "SSM" sera plus efficace dans certains pays que d'autres" , conclut S&P.

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