La BCE, trop "technique" pour les investisseurs ?

Patrick Van Campenhout Publié le - Mis à jour le

Actualité Analyse

Mario Draghi, le technicien bancaire de la BCE est revenu jeudi sur ce que l’on espérait être une déclaration de guerre aux spéculateurs, assortie d’une batterie de mesures fortes chiffrées en centaines de milliards d’euros. Mais ce dernier n’a rien fait de tout cela, et s’est étendu dans un discours ponctué d’intentions et de mesures techniques qui ont été mal interprétées par les opérateurs. Ceci s’est soldé par un dérapage des marchés, suivi d’une correction à la hausse vendredi. Ce qui fut d’évidence le point fort d’une semaine émaillée par ailleurs par de nouvelles publications de résultats trimestriels par de grandes pointures de l’industrie à l’échelle de la planète.

Le discours du patron de la Banque centrale européenne n’a pas fait mouche directement alors que ses propos relayés par les médias internationaux la semaine passée avaient fait décoller les marchés, leur permettant en quatre ou cinq séances de grimper de 5 à 7 %, effaçant pour certains les cotes rouges de leur bilan 2012. Mais sa déclaration d’intention a manifestement convaincu avec un effet retard, les opérateurs appréciant visiblement sa stratégie après l’avoir tournée et retournée dans leur tête, une nuit durant. En substance, Mr Draghi a limité l’action directe de la BCE à des achats d’obligations d’Etat à moyen terme, laissant imaginer un soutien éventuel pour les autres échéances par le fonds européen "ad hoc", plus tard. Ce que les opérateurs ont compris dans un premier temps comme un lâchage de l’Espagne et de l’Italie dont la valorisation des obligations à long terme a chuté quelques minutes après cette inflexion du discours de la BCE, entraînant une remontée rapide des rendements respectifs de ces émissions au-delà de 6 et 7 %. Mais dans un deuxième temps, la réalité technique de ce discours est apparue plus clairement, puisque la signification de cette stratégie est que la BCE ouvre la porte au refinancement de l’Italie et de l’Espagne, en pesant le cas échéant sur les taux à deux ou trois ans, quitte à ce que les techniciens de la gestion de la dette publique en profitent pour arbitrer certaines positions à long terme en bénéficiant de cours de marché trop bas C’est théorique, mais de nature à influencer toute la courbe des taux. Vendredi, en conséquence, on devait noter une réappréciation du papier à long terme de ces deux pays dans le collimateur des marchés.

L’épisode négatif de jeudi n’a donc pas pesé trop lourdement sur le bilan hebdomadaire des marchés boursiers de référence, ceux-ci enregistrant une nouvelle volée de résultats d’entreprises cotées globalement meilleurs qu’attendus. Aux Etats-Unis comme en Europe, la volatilité extrême générée par ces annonces reste la norme, mais dans un environnement plus rassurant que ce ne fut le cas il y a quelques semaines. Vendredi, les chiffres de l’emploi en juillet aux Etats-Unis ont été appréciés tant il sont de nature à faire revenir dans le chef des ménages un optimisme et une confiance qui faisaient défaut jusque-là. Le nombre de créations d’emplois a en effet dépassé les 100000 unités le mois passé, après trois mois difficiles. Un symbole ?

En Europe aussi, les résultats d’entreprises sont généralement meilleurs que prévus, même s’il faut garder en tête que l’on compare les chiffres actuels à des prévisions sans doute réduites afin d’éviter les mauvaises surprises. Chez nous, on aura surtout retenu la glissade de Véolia Environnement sur des résultats rabotés par la division "gestion des déchets", et par la désagréable nouvelle encaissée par le groupe Arcelor-Mittal avec la dégradation de sa note financière par Standard&Poor’s au titre d’un "junk bond", soit sous le niveau de qualité "investment grade". Ce qui signifie que le groupe sidérurgique devra payer plus cher pour emprunter dans le futur, ou se résoudre à des nouveaux désinvestissements Les perspectives sont plus ouvertes chez UCB où trois médicaments prometteurs sont en route pour une prochaine commercialisation. Les résultats actuels sont moins enthousiasmants, mais le développement s’anticipe. Et ici, on évoque clairement une ère de croissance à venir. Dans un secteur plutôt résistant à la crise

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