La Birmanie ? Tout le monde y court et les Wallons "ne sont pas les derniers"

Raphaël Meulders Publié le - Mis à jour le

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Le renouveau des relations économiques entre les entreprises belges et le Myanmar (ex-Birmanie) a commencé par un fameux "quiproquo" dont seul notre pays a le secret. En mars dernier, en pleine mission économique princière au Vietnam, le ministre-président flamand, Kris Peeters (CD&V) s’éclipse et s’envole, à la surprise générale, en Birmanie pour aller saluer la très médiatique chef de l’opposition birmane, Aung San Suu Kyi. L’objectif est aussi économique : M. Peeters veut ouvrir les portes des nouveaux marchés à la vingtaine d’entreprises flamandes qui l’accompagnent. Mais ce geste inattendu provoquera surtout une mini-crise diplomatique belgo-belge. Wallons et Bruxellois n’ont pas tardé à, eux aussi, se positionner dans cette ex-colonie britannique qui s’ouvre lentement à la démocratie (voir ci-contre). À l’issue d’une autre mission princière en juin et au Japon, le ministre wallon de l’Economie, Jean-Claude Marcourt (PS) réalisait lui aussi un saut de puce de trois jours en Birmanie. "Les sanctions économiques sont suspendues et il faut être le premier sur la balle : le pays a des besoins à satisfaire et est demandeur", explique le ministre. "Nous ne sommes pas les premiers à y être allés, mais nous n’étions pas les derniers non plus", analyse Michel Kempeneers, chef du service Asie-Pacifique à l’Awex (agence wallonne pour l’exportation). "Les Japonais et les Thaïs ont ouvert la voie dès les prémisses d’une ouverture démocratique en Birmanie. Les Chinois, les Américains, les Anglais et les Allemands ont suivi. Les Français commencent aussi à s’y intéresser de très près". Côté wallon, on relativise la "primeur" flamande. "Nous n’avons certainement pas à rougir par rapport à la mission flamande, puisqu’une vingtaine d’entreprises et fédérations, dont deux bruxelloises, nous accompagnaient". Parmi celles-ci, notons la présence des Facultés de Liège et de Gembloux, venues signer des accords de coopération avec des universités birmanes. D’autres entreprises, telles Craft Engineering (traitement d’eau), la société publique Sowafore (collecte et traitement des déchets), la sprimontoise Eloy (station d’épuration) ou encore différents bureaux d’études ont sondé un marché en pleine ouverture. "La Birmanie a des besoins énormes en infrastructures, mais aussi en conseils à l’organisation, à la formation. Les entreprises wallonnes et bruxelloises ont une expertise très intéressante à faire valoir", poursuit M. Kempeneers. À noter qu’une mission économique de l’Awex partira désormais chaque année en Birmanie, tandis qu’un incubateur permettant aux investisseurs de mieux appréhender le marché birman a vu le jour. "Bruxelles, en tant que siège des institutions européennes, intéresse aussi les entreprises birmanes qui doivent se mettre aux normes internationales". Car beaucoup voient en la patrie d’Aung San Suu Kyi un futur tigre économique asiatique. "Le pays a une position extrêmement stratégique, entre l’Inde et la Chine, développe le responsable de l’Awex. Le Myanmar a aussi l’avantage d’avoir une industrie interne déjà développée, même si elle a été étouffée à l’internationalisation par la junte militaire. Et puis le pays regorge de richesses naturelles " Longtemps considéré comme "le grenier à riz" de l’Asie, le pays a pourtant plongé au bord de la famine, suite à des décennies de gestion militaire chaotique. Mais beaucoup de multinationales sont davantage intéressées par le sous-sol birman qui regorge de gaz et de pétrole notamment (voir ci-dessus). D’autres y font leur arrivée ou retour. Les plus récentes se nomment Visa et Pepsico qui tablent sur un "boom" touristique rapide du pays. Toute cette manne financière étrangère va avoir des conséquences : d’après la Banque asiatique de développement (BAD), une forte croissance économique pourrait conduire la Birmanie à sortir du sous-développement et à devenir une nation à revenu moyen d’ici à 2030. Le revenu par habitant, l’un des plus faibles d’Asie, devrait aussi tripler dans les 18 ans. Du moins, "si le pouvoir poursuit et réussit la série de réformes en cours", prévient la BAD.

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