La croissance grâce à la taxe financière

Frédéric Chardon Publié le - Mis à jour le

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Selon une étude interne à la Commission européenne, la mise en œuvre d’une taxation des transactions financières au niveau de l’UE créerait de la croissance économique. En effet, c’est ce qu’il ressort de ce document qui a été transmis aux Etats-membres, le 4 mai dernier. Ce rapport repose notamment sur une nouvelle modélisation économique destinée à mesurer l’impact de cette taxation, proposée par la Commission elle-même en 2011, si elle était mise en place. Pour rappel, il s’agit pour la Commission de faire contribuer le secteur financier qui a été une cause essentielle de la crise et qui a reçu des aides substantielles des gouvernements au cours des dernières années.

De la croissance ? Oui, mais à une condition : que la manne d’euros ainsi récoltée soit réinjectée dans l’économie par des investissements et des dépenses publiques. Hypothèse de la Commission : et si, au lieu de donner cet argent aux ménages européens, les revenus collectés grâce à la taxation des opérations financières étaient dépensés dans le cadre d’un programme d’investissement public destiné à stimuler l’économie ? Le résultat serait le suivant : " Les simulations montrent un impact positif de telles dépenses de l’ordre de 0,2 % à 0,4 % du PIB ", remarquent les services de la Commission européenne.

Toutefois, à côté de cet effet positif sur la croissance en cas d’investissements publics, la taxe sur les transactions financières aurait également un impact négatif sur le PIB Cet effet négatif avait été évalué à - 0,53 % à très long terme (jusqu’en 2050). Autrement dit, si on table sur une croissance annuelle de 1,5 %, en 2050, le PIB européen serait alors de 80,9 % supérieur au niveau actuel au lieu d’être supérieur de 81,4 % à la richesse actuelle de l’Union.

Mais, voilà, la Commission européenne a également retravaillé son outil de simulation économique en prenant en compte toute une série de facteurs qui atténuent l’impact négatif de la taxe (comme par exemple le fait que les entreprises auront recours à des solutions de financement qui échappent à la taxe). Du coup, le "ralentissement" de l’économie, toujours pour 2050, ne serait plus que de 0,28 % du PIB. Ce pourcentage rejoint les conclusions d’analyses similaires menées précédemment par des économistes renommés.

En poussant le raisonnement un peu plus loin, si le programme d’investissements publics créait bien 0,4 % de croissance, le bilan final de la taxation des transactions financières serait donc positif.

Pour Oxfam, ONG qui défend le commerce équitable et qui a pris position en faveur d’une taxation globale des opérations financières, ce rapport de la Commission prouve que les critiques émises contre la taxation sont fausses. Et, plus particulièrement, précise Oxfam, celles du Royaume-Uni, un pays dont le gouvernement est très opposé au principe. " Le fait, c’est que la taxation peut avoir un impact positif sur la croissance tout en récoltant des milliards d’euros pour lutter contre la pauvreté et combattre les changements climatiques , explique Leila Bodeux, porte-parole d’Oxfam. L a Belgique fait partie des neuf pays de l’Union à pousser l’idée d’une telle taxation. Mais le gouvernement Di Rupo n’a toujours pas confirmé publiquement si l’argent récolté serait utilisé pour le développement et le changement climatique. "

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