La Fed injecte 85 millards pour sauver AIG

AFP Publié le - Mis à jour le

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La banque centrale américaine, inflexible dimanche devant les difficultés de Lehman Brothers, a opéré mardi un virage à 180 degrés, en apportant une aide inédite de 85 milliards de dollars à l'assureur AIG pour éviter une crise financière planétaire.

La Réserve fédérale (Fed) s'est résolue à prêter elle-même les sommes nécessaires à AIG alors que l'ex-numéro un mondial de l'assurance ne disposait plus que de quelques heures avant de devoir déposer son bilan.

L'Etat américain recevra en échange 79,9% de son capital, a annoncé la banque centrale dans un communiqué. Les actionnaires actuels se retrouveront réduit à la portion congrue à l'issue de cette quasi-nationalisation.

L'ensemble des actifs d'AIG, qui se montaient à 1.050 milliards de dollars à la fin juin, seront apportés comme garantie à la banque centrale. Avec cet argent, l'assureur pourra faire face à ses obligations qui avaient gonflé depuis que les grandes agences de notation avait dégradé sa note lundi. Il pourra vendre certains actifs tranquillement sans avoir à les brader.

Selon l'économiste Robert Brusca de FAO Economics, le prêt semble avoir été modelé sur celui consenti pour sauver le constructeur automobile Chrysler dans les années 80. Son taux d'intérêt "extrêmement élevé" va pousser le groupe à céder rapidement des filiales pour rembourser la Fed au plus vite.

Dans un premier temps, la banque centrale avait demandé aux banques Goldman Sachs et JPMorgan de syndiquer les vastes sommes nécessaires à l'ex-numéro un mondial de l'assurance pour faire face à ses obligations urgentes.

Mais la Fed avait été contrainte de s'engager davantage après un nouveau plongeon du titre AIG en bourse, qui a effrayé les banques contactées. Son soutien à AIG est inouï à plus d'un titre, ne serait-ce parce que la Fed n'a normalement pas à fournir des liquidités aux assureurs, qui ne sont pas de son ressort. "Les temps sont difficiles pour nos marchés financiers", s'est défendu le secrétaire au Trésor Henry Paulson dans un court communiqué.

Il n'est pas habituel non plus de voir une banque centrale jouer le rôle d'investisseur. Et certains ne manqueront pas de relever que le Fed prend le risque de dégrader encore un peu plus la qualité de son bilan. "Quand vous entendrez ce plan, vous allez devoir reprendre votre souffle. Mais, à la réflexion, les alternatives sont bien pires", avait souligné l'influent sénateur Charles Schumer, quelques minutes avant sa publication.

Un peu plus tôt dans la journée, les premières informations affirmant que les pouvoirs publics américains n'excluaient plus de consentir une aide à AIG avaient fortement contribué à soutenir la bourse de New York.

Un éventuelle faillite d'AIG aurait eu des implications pour le système financier mondial encore plus graves que celle de la banque d'affaires américaine Lehman Brothers, qui a déposé son bilan lundi.

La prestigieuse banque avait été réduite à cette extrêmité en raison de l'attitude inflexible du Trésor, qui avait refusé de mettre les finances publiques à contribution pour faciliter son rachat par le britannique Barclays.

Mais la Fed et le Trésor ont jugé qu'une faillite d'AIG était susceptible de provoquer des défaillances en cascades dans la finance mondiale. "Je ne connais aucune grande banque qui ne soit pas exposée de façon significative à AIG", soulignait lundi le PDG de Bank of America Ken Lewis.

Le gouverneur de New York David Paterson, dont les services ont autorisé lundi l'assureur à emprunter 20 milliards de dollars à ses filiales, avait relevé pour sa part les "énormes" conséquences sociales d'une faillite.

Basé à New York, AIG compte 74 millions de clients dans le monde, en majeure partie américain. La société emploie 116.000 personnes dans 130 pays.

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