La transparence, et après?

monique baus Publié le - Mis à jour le

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Ces deux millions trois cent mille euros font, depuis quelques semaines, couler beaucoup d'encre ! Il s'agit de la rémunération moyenne empochée pour l'année 2007 par les administrateurs délégués des sociétés du Bel 20. Soit une augmentation de 3 pc par rapport à l'année d'avant.

Dans le détail, quelques "pics" frappent. Comme les 4,3 millions d'euros de Carlos Brito chez InBev, les 3,9 millions d'Albert Frère chez GBL et de Jean-Paul Votron chez Fortis, et les 3,5 millions de Didier Bellens de Belgacom et de Roch Doliveux d'UCB (voir infographie ci-contre).

Publier ce que touchent les patrons des sociétés cotées est l'un des prescrits de la Commission Corporate Governance dite Commission Lippens, née en 2004. Pour Christine Darville, sa secrétaire, "l'objectif de transparence est atteint". Mais, vu l'agitation qui l'entoure, faudrait-il aller plus loin avec une loi pour fixer des plafonds par exemple ? "Je rappellerais d'abord qu'on focalise ici sur une poignée de patrons, tandis que beaucoup d'autres ne font pas l'objet d'autant de curiosité. Et ensuite, qu'à l'échelle mondiale, les salaires des grands patrons belges sont dans la moyenne". Et de remarquer : "Dans tous les pays comme ici, au début, la publication de ces salaires a attiré un certain voyeurisme. Quant à leur régulation, ce serait aux actionnaires, une fois toutes les informations en main, de dire stop, d'exercer leur contrôle". A ce stade-ci, la lecture des informations publiées dans les rapports annuels reste compliquée. Il y a de quoi se perdre entre rémunération fixe et variable, salaire et stock-option, brut et net. C'est pourquoi une seconde version du Code Lippens est en préparation. "Actuellement, tous les rapports ne sont pas comparables, dit Christine Darville. De plus, le contexte international a beaucoup changé depuis l'élaboration du texte, il y a quatre ans. Qu'entend-on aujourd'hui par rémunération, et comment calculer celle-ci ? Ces précisions devraient se trouver dans la deuxième édition fin 2008 ou début 2009".

"Ces chiffres font mal" De leur côté, les syndicats ne cachent pas leur indignation, exacerbée par le contexte actuel. "Un patron devrait donner l'exemple, estime Anne Demelenne de la FGTB. Lorsque la situation du travailleur est pénible, notamment en matière de pouvoir d'achat comme maintenant, c'est afficher bien peu de considération pour lui que d'exhiber de tels revenus !" "L'écart prend des proportions de plus en plus importantes, d'année en année", renchérit Claude Rolin de la CSC.

Et le petit nombre d'excès médiatisés ne diminue en rien leur colère. "C'est symbolique et très symptomatique de ce qui se passe au niveau patronal", répond Anne Demelenne. "Ces quelques chiffres font mal, même à d'autres chefs d'entreprise, commente Claude Rolin. Je connais des petits patrons pour lesquels ce type de rémunération n'a pas plus de sens que pour l'ensemble des salariés qui ne comprennent pas à quoi riment de telles sommes puisqu'elles n'apparaissent même pas toujours liées aux performances des entreprises !"

Dans ces conditions, remettre en question l'indexation des salaires apparaît comme une indécence. "On laisse dériver la force du capitalisme d'un côté puis, quand le système montre ses limites comme avec la crise du subprime, on demanderait aux travailleurs de payer l'addition en se serrant la ceinture ? Pas question !", s'insurge Claude Rolin.

Et d'avancer deux pistes de régulation : la voie fiscale ou la voie légale. "Ce serait normal. On régit bien ce que gagnent les salariés, alors pourquoi pas ces revenus-là ?"

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