Le long déclin de la sidérurgie

Laurent Lambrecht Publié le - Mis à jour le

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L’histoire de la sidérurgie est tout sauf un long fleuve tranquille en bord de Meuse. La ville de Seraing doit pourtant son développement à cette industrie qui jadis a été florissante. "Avant 1817, il y avait 600 habitants à Seraing, rappelle l’actuel bourgmestre Alain Mathot. On en est aujourd’hui à environ 65 000 personnes". C’est en 1817 que John Cockerill, le fils d’un immigré anglais, a jeté les bases de la sidérurgie wallonne. Depuis lors, Cockerill a été racheté par le Français Usinor en 1988, qui est devenu Arcelor en 2 002 suite à la fusion avec l’Espagnol Aceralia et le Luxembourgeois Arbed. Après l’intégration au groupe Arcelor, les mauvaises nouvelles n’ont pas tardé à arriver. Le 24 janvier 2003, le plan Apollo a programmé la fin de la phase à chaud du bassin liégeois.

"A ce moment-là, les relations avec Arcelor n’étaient pas bonnes, explique Alain Mathot. Mon père, à l’époque bourgmestre de Seraing, a été reçu comme un chien au siège du groupe à Luxembourg". Suite au succès de l’OPA de Mittal sur Arcelor, la ville de Seraing a eu affaire à de nouveaux interlocuteurs. La demande mondiale d’acier étant en hausse, la direction a confirmé, à la fin de l’année 2007, qu’elle allait relancer la phase liquide. "Quand je suis devenu bourgmestre, les relations avec ArcelorMittal étaient donc bonnes, explique Alain Mathot. Le groupe était demandeur de permis et de diverses autorisations et la ville l’a accompagné dans ses démarches." Le bourgmestre précise qu’attribuer d’éventuelles aides financières à une entreprise ne fait pas partie de ses compétences. "Nous pouvons, en revanche, créer des zonings pour attirer les entrepreneurs, déclare Alain Mathot. Il est également possible d’aiguiller vers les différentes aides disponibles à l’échelon régional ou européen".

Chaque année, les différentes taxes payées par ArcelorMittal rapportent entre 2 et 2,5 millions au budget communal. "Celles-ci n’ont pas évolué au fil des années", précise Alain Mathot. "Nous n’avons reçu aucun avantage, ajoute Etienne Botton, le porte-parole d’ArcelorMittal, qui évalue plutôt entre 3 et 4 millions d’euros le montant total qui rentre dans les caisses de Seraing en provenance de son employeur. C’est logique, nous sommes sur un pied d’égalité avec les autres entreprises."

Mais les promesses d’ArcelorMittal ont tourné court. Le haut-fourneau 6 de Seraing n’a été rallumé que pendant quelque mois, tandis que le haut-fourneau B d’Ougrée a été mis à l’arrêt en juillet 2011. Et au mois d’octobre 2011, le couperet est tombé : la fermeture définitive de la phase à chaud est décidée. 581 travailleurs sont directement concernés par cette fermeture sans compter les milliers d’emplois directs et indirects. "Depuis cette annonce, ArcelorMittal refuse tout contact sur le futur de l’activité, précise Alain Mathot. C’est incompréhensible, la ville aura pourtant son mot à dire en ce qui concerne la dépollution et le devenir des 120 hectares que possède l’entreprise."

"Nous avons toujours entretenu des rapports de bon voisinage avec Seraing, tempère Etienne Botton. Mais depuis le 14 octobre, nous n’abordons plus l’avenir de la phase liquide avec la ville car nous sommes en pleine procédure Renault. Après l’annonce de la fermeture de la phase liquide en 2003, les contacts ont également été rompus." La phase un de la Loi Renault, entamée au mois d’octobre, s’est achevée le 26 juin. Au cours de celle-ci, les syndicats ont pu s’informer sur les projets du groupe et proposer un plan alternatif (voir ci-dessous). "Ces contre-propositions n’ont pas été retenues par la direction, précise Etienne Botton. Le volet social de la procédure Renault a donc été lancé."

Jean-Luc Rader, secrétaire régional de la FGTB Métal, se dit plutôt satisfait de la coopération avec la ville dans le dossier ArcelorMittal. "Le bourgmestre a mis sur pied un Master Plan de redéploiement de la ville qui tient compte de l’éventualité du maintien de la phase à chaud", explique-t-il. Etienne Botton précise, lui, que les rapports sont restés excellents en ce qui concerne la gestion quotidienne. "Pour tout ce qui touche aux sujets comme l’aménagement du territoire ou la propreté, les contacts sont restés réguliers" , explique-t-il.

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