Le luxe allemand, ça roule

Dominique Simonet Publié le - Mis à jour le

Actualité Éclairage

Les résultats du premier semestre donnent à penser que l’industrie automobile allemande résiste bien à la crise, voire même la défie au regard des bénéfices plantureux réalisés par le groupe Volkswagen sur six mois : 8,8 milliards d’euros, en augmentation de 36 %. Le cas est particulier. Basé sur une gamme multimarque très étendue, fonctionnant avec d’importantes économies d’échelle et dans une grande internationalisation, ce succès a de quoi laisser pantois les constructeurs européens dits généralistes qui tirent le diable par la queue : stocks écrasants, pertes bientôt abyssales, avec quelles perspectives de rédemption ? Cela a valu, de la part du patron de Fiat, Sergio Marchionne, tempérament méditerranéen, cette belle sortie à l’adresse de VW : "C’est un bain de sang sur les prix et un bain de sang sur les marges".

Parmi ses onze marques - Porsche est dorénavant intégré -, le groupe de Wolfsburg détient un fleuron, Audi, vivotant dans les années 70 et qui, aujourd’hui, met la gomme pour devenir numéro un du haut de gamme à la place du numéro un, BMW. C’est l’apparent paradoxe de la crise : le luxe, ça marche. À cet égard, les trois piliers allemands que sont BMW, Audi et Daimler (Mercedes-Benz) affichent de beaux résultats sur la première moitié de l’année.

Le groupe BMW, qui comprend la marque à l’hélice, Mini et Rolls, a vendu 900539 unités, contre 833366 sur la même période l’an dernier, soit une augmentation de 8,1 %. BMW seul est en augmentation de 8,3 %, à 747064 voitures. Pendant ce temps, Audi progressait de 12,3 %, à 733237 unités et Daimler (Mercedes-Benz, Smart) écoulait 708517 voitures, soit une hausse de 6,5 %.

Dans la foulée, le chiffre d’affaires de BMW Group, de janvier à juin, a crû de 8,0 %, à 33,525 milliards d’euros, mais le bénéfice opérationnel lâche 5,3 %, à 3,899 milliards et le résultat net perd 8,5 %, à 3,571 milliards. Une faiblesse que le groupe bavarois explique par la non-reconduction d’effet exceptionnel positif de 464 millions d’euros, sur des valeurs mobilières, au deuxième trimestre 2011, mais aussi par "des surcoûts dus aux innovations technologiques dans le développement de nouveaux produits", commente Christophe Weerts, porte-parole en Belgique, pour qui "il est rassurant qu’une entreprise continue à dégager des moyens en recherche et développement."

Au sein de VW, le premier semestre d’Audi se solde par un chiffre d’affaires de 25 milliards d’euros (+16,2%) pour un bénéfice opérationnel de 2,9 milliards (+13,2%). De Daimler, la division voitures enregistre un chiffre d’affaires de 30,301 milliards d’euros, en hausse de 6 %, et un bénéfice opérationnel en baisse de 10 % à 2,566 milliards.

Si l’on compare la rentabilité de ces entreprises, soit le retour sur investissements, BMW mène la danse avec 11,6 %, contre 11,5 pour Audi et seulement 8,5 pour Daimler.

Les trois constructeurs maintiennent, a priori, leurs prévisions de résultats sur l’année, mais cette perspective est-elle tenable ? Certains signes laissent à penser que non. Les difficultés de la zone euro à trouver une solution durable et efficace à la crise de la dette continuent de peser sur le marché automobile, mais n’ont pas que des inconvénients : le recul de l’euro rend les industries plus compétitives. Le ralentissement de la croissance chinoise, en dessous des 8 %, a aussi de quoi inquiéter les industriels, qui continuent de cartonner en Asie, avec une nette reprise au Japon. Pour ces marques de luxe, les Etats-Unis sont aussi un support de croissance.

Dans les faits, le mois de juillet a de quoi inquiéter. BMW progresse certes de 5 %, mais décline dorénavant en Europe (-2,4 %, à 60855 unités). Les difficultés du marché européen, encore compensées par l’Asie et l’Amérique du Nord, commencent donc à affecter les constructeurs allemands haut de gamme. À tel point que les ventes de Mercedes-Benz Cars - 105449 unités - ont reculé de 3,2 % en juillet, plombées par une chute de 10,2 % en Europe de l’Ouest allant jusqu’à - 11,3 % sur son marché domestique. Les constructeurs français et italiens, certes moins bien positionnés internationalement, savent ce que signifie un décrochage du marché local. Or, au mois de juillet, en Allemagne, les ventes d’automobiles se sont tassées de 5 %.

Mais les fabricants d’automobiles haut de gamme n’ont pas dit leur dernier mot, et travaillent en profondeur sur le renouvellement de leur gamme. Ainsi, les faiblesses actuelles de Daimler sont notamment à imputer à la transition entre l’ancienne et la nouvelle Classe A de Mercedes-Benz. Changeant totalement de direction par rapport au petit monovolume antérieur, la nouvelle A s’attaque aux Audi A3 et BMW Série 1 récemment reliftées.

Et le constructeur de Stutgart met le paquet sur sa nouvelle entrée de gamme. Avant même que le modèle soit présenté dans les concessions - ce sera pour mi-septembre -, 40000 unités auraient déjà été précommandées. Les usines de Rastatt (Allemagne) et Kecskemét (Hongrie) tournent à plein régime. Pour faire face à la demande, il serait question de passer à 3 pauses de 8 heures à Rastatt au lieu de 2 actuellement, tandis que, pour faire face à la demande, le groupe a passé un contrat avec Valmet Automotive pour sous-traiter l’assemblage de 100 000 Classe A entre 2013 et 2016.

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