Le "shadow banking" pèse la moitié du PIB belge

Analyse de Patrick Van Campenhout Publié le - Mis à jour le

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Pas facile tous les jours, la vie de ministre des Finances. Ainsi, Steven Vanackere (CD&V) a-t-il dû se fendre cette semaine d’une réponse à une question un peu pointue formulée par le sénateur Ahmed Laaouej (PS) à propos du "shadow banking" en Belgique Mais il se trouve que celui-ci s’est montré parfaitement à la hauteur de la tâche et a fourni des explications circonstanciées sur la question. Avec notamment, et c’est une première, une estimation récente de ce "shadow banking", soit le niveau des opérations qui n’apparaissent pas dans le bilan des banques ou des entreprises financières. "La taille totale des entités relevant du shadow banking en Belgique, à la fin de l’année 2010, représentait 140 milliards d’euros" , a-t-il répondu. Mais ce chiffre en soi n’est que partiellement éclairant puisqu’il masque les volumes d’opérations de ces entreprises financières qui échappent par leur statut à la vigilance des autorités de contrôle, soit, en Belgique, à la FSMA et à la Banque nationale.

Plus précis, le ministre a explicité dans quel cadre il avait été amené à prendre connaissance de ces chiffres et a surtout évoqué le volume d’activité du "shadow banking" estimé en 2010 à quelque 179 milliards d’euros, soit un peu plus de la moitié du PIB de la Belgique qui était de l’ordre de 350 milliards d’euros à l’époque.

On comprend mieux dès lors la pertinence de la question du sénateur Laaouej, très attentif aux opérations qui pourraient nuire à la stabilité du secteur financier belge, toujours fragile depuis la crise des subprimes en 2008.

Mais le ministre est conscient du problème et c’est dans le cadre d’une prise de conscience européenne que la BNB est en prise avec ces chiffres interpellants. "En tant que membre du Conseil européen du risque systémique (CERS), la Banque nationale de Belgique a participé, en 2011, à un exercice visant à prendre la mesure du shadow banking dans les différents pays membres de l’Union européenne. C’est dans le cadre de cet exercice que la Banque a évalué la taille, en volumes d’actifs, des entités qui font partie du shadow banking, ainsi que le volume d’activités considérées comme relevant du shadow banking", a expliqué Steven Vanackere.

Comment avoir une vision correcte de ces opérations dites "hors bilan" ? Encore une fois, dans sa réponse, le ministre a voulu apporter un maximum de précisions sur les 140 milliards. "Il s’agit dans une large mesure - environ 87 milliards d’euros - de véhicules de titrisation constitués par des banques belges. Cela dit, ces titrisations figurant presque toutes au bilan des banques, elles ne sauraient dès lors être considérées comme du shadow banking stricto sensu. Les sociétés financières représentent 40 milliards d’euros. Quant aux autres entités de shadow banking, elles jouent, en Belgique, un rôle moins important, par exemple, les fonds monétaires, ou elles n’existent tout simplement pas, comme les hedge funds. Les opérations de ‘mise en pension’ (REPO) - sont également considérées comme du shadow banking, du moins si elles sont effectuées entre banques et non-banques. L’encours des opérations de ‘mise en pension’ entre banques et non-banques, donc, des entités de shadow banking, était de 39 milliards d’euros à la fin de l’année 2010."

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