Le souvenir amer du lait rance de Parmalat

Valérie Dupont, correspondante en Italie Publié le - Mis à jour le

Actualité Correspondante en Italie

"Je porterai pour toujours la marque indélébile des souffrances causées à ceux qui par ma faute ont subi d’énormes pertes "

Face au tribunal de Bologne, le 26 mars dernier, Calisto Tanzi, malade et affaibli, fait son mea culpa d’une voix à peine audible.

Le fondateur de Parmalat sera, ce même jour, condamné en appel à dix-sept ans et dix mois de prison ferme pour le "Krach Parmalat", le plus grand scandale de faillite frauduleuse en Europe.

Petite entreprise familiale de distribution de lait pasteurisé, créée dans les environs de Parme dans les années 60, Parmalat s’était transformée en multinationale grâce aux subsides européens.

Le territoire du "roi du lait italien" s’étendait jusqu’au Brésil, au Venezuela et en Equateur. Des sociétés écrans dans plusieurs paradis fiscaux avaient permis à Calisto Tanzi de faire fructifier son trésor.

En 1990, Parmalat entre en Bourse, l’action du groupe laitier devient rapidement une des valeurs sûres de la Bourse de Milan, s’affirmant comme le septième groupe privé d’Italie et occupant la première place mondiale sur le marché du lait de longue conservation. Quelque 37 000 salariés répartis dans 30 pays, un chiffre d’affaires qui atteint 7,6 milliards d’euros en 2002, telle est l’image rassurante qu’affiche Parmalat, un an seulement avant la découverte du scandale.

Le 11 novembre 2003, des commissaires aux comptes expriment des doutes sur un investissement de 500 millions d’euros dans le fonds Epicurum, basé aux îles Caïman. Les agences de notation abaissent immédiatement la note de Parmalat, l’action chute !

La même semaine, la commission des opérations boursières demande des clarifications au groupe laitier. La Consob veut savoir comment Parmalat compte rembourser des dettes importantes arrivant à échéance.

Malgré la bonne réputation de l’entreprise et le titre de Chevalier du travail accordé à Calisto Tanzi, l’inquiétude s’empare des créanciers et des détenteurs d’actions.

Dans le but de rassurer, la direction de Parmalat présente un document prouvant l’existence d’une cagnotte de 3,95 milliards d’euros déposés dans une agence de la Bank of America aux îles Caïman.

Les symptômes d’insolvabilité du groupe sont de plus en plus évidents. Les banques exigent que le patron de Parmalat soit écarté, elles imposent un administrateur extraordinaire.

Quatre jours plus tard, la bombe explose. Le 19 décembre 2003, la Bank of America affirme que le document exhibé par Parmalat prouvant l’existence du fameux trésor de 3,95 milliards d’euros est un faux ! L’action s’effondre, plus de 135 000 investisseurs, principalement des petits épargnants italiens, se retrouvent floués, certains complètement ruinés.

Les faux bilans et la sophistication des instruments financiers avaient occulté un endettement de 14 milliards d’euros. Une fraude colossale, indétectable selon les banques, certains analystes recommandaient encore chaudement l’achat des titres du groupe à la veille du scandale.

"S ous le règne de Calisto Tanzi, Parmalat fut le symbole d’un système malade et la plus grande fabrique de dettes du capitalisme européen ", conclut la juge Lucia Russo lors du procès en première instance contre les dirigeants de la multinationale.

L’un des nombreux procès, car depuis 2006, le scandale s’est transformé en saga judiciaire. Plus de neuf ans après les faits, les banques accusées d’avoir émis des obligations Parmalat tout en connaissant la fragilité financière du groupe ont été blanchies.

Seuls condamnés, les hauts dirigeants de Parmalat et, bien sûr, Calisto Tanzi. Ce dernier, âgé de 72 ans, fait des allers-retours entre la prison et l’hôpital, ses avocats espèrent obtenir les arrêts domiciliaires.

Un décret fait sur mesure a sauvé l’entreprise de la faillite, Parmalat fut rachetée par le groupe français Lactalis. Seuls les petits épargnants restent les grands perdants du Krach, ils n’ont pratiquement rien récupéré. Certains boycottent encore aujourd’hui les produits laitiers Parmalat. Une bien maigre consolation !

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