Les dirigeants européens refusent de parler d'une "défaite" d'Angela Merkel

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Plusieurs dirigeants européens ont refusé d'affirmer vendredi qu'Angela Merkel avait subi une défaite en acceptant certaines mesures pour atténuer les pressions sur la dette italienne et espagnole. Alors que la presse et les commentateurs ne manquaient pas d'établir un parallèle entre le sommet européen et la demi-finale de l'euro, où l'Allemagne s'est inclinée face à l'Italie, les partenaires européens de Mme Merkel se sont efforcés de ménager la chancelière, qui pourrait payer un lourd tribut politique à ses concessions.

"Personne ne doit dire 'j'ai gagné' ou 'j'ai perdu'. C'est l'Europe qui a gagné", a affirmé le président français François Hollande.

"Je ne parle pas de gagnants ou de perdants, ce n'est qu'une question de perception", a renchéri le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy. Même son de cloche du côté du Premier ministre britannique David Cameron. "Je ne pense pas que nous devrions voir les choses de cette façon", a-t-il dit. "La France, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne s'affrontent peut-être sur un terrain de football", mais leur collaboration est nécessaire face à la crise de la zone euro, a-t-il ajouté.

Pressée par les Premiers ministres italien Mario Monti et espagnol Mariano Rajoy, Angela Merkel a accepté dans la nuit de jeudi à vendredi que le Mécanisme européen de stabilité (MES) puisse recapitaliser directement les banques, sans passer par les Etats. Ceux-ci ne verront donc pas leur dette publique exploser en cas de sauvetage européen des banques.

L'Allemagne était initialement réticente à accepter une solution revenant selon elle à injecter des fonds sans contrôle. Pour répondre à cette préoccupation légitime, les Européens ont mandaté la Commission européenne de présenter avant la fin de l'année des propositions législatives concrètes pour établir une véritable supervision européenne des banques, appelée "union bancaire". Ils ont aussi souligné que toute recapitalisation bancaire se baserait "sur une conditionnalité appropriée, en ce compris le respect des aides d'Etat".

Les Européens ont prévu par ailleurs de donner au Mécanisme européen de stabilité plus de flexibilité pour stabiliser les marchés, en rachetant des obligations d'Etat en détresse sur le marché secondaire. L'Italie pourrait ainsi éviter d'avoir à subir des tensions trop fortes dans les prochaines semaines. Pour rassurer Berlin, il a été convenu que seuls les pays respectant les recommandations socio-économiques de la Commission européenne pourraient bénéficier de cette flexibilité.

Mais les garanties données à Angela Merkel n'ont pas empêché les commentateurs de considérer qu'elle avait cédé. "Foot et sommet européen, même combat", résumait l'édition en ligne du magazine Der Spiegel. Le quotidien Die Welt dramatisait lui en parlant d'une "nuit de défaite" qui "entrera dans les livres d'histoire".

Dans ce climat délétère, la chancelière devait affronter vendredi après-midi un vote difficile au Bundestag sur la ratification du MES. Si la majorité en faveur du mécanisme européen, soutenue par l'opposition, ne semblait pas remise en cause, Angela Merkel risquait par contre de connaître des défections dans ses propres rangs, fragilisant sa coalition gouvernementale.

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