Les matelas troués de M. Nami

R.Me. Publié le - Mis à jour le

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Il dort actuellement en prison. L’histoire ne dit pas si son matelas provient de son ancienne entreprise de literie, L&G, Ladies&Gentlemen. Connu comme le roi du matelas au Japon, Kazutsugi Nami a troqué ce surnom depuis 2009. A 79 ans, l’entrepreneur nippon est désormais mondialement célèbre. Mais son nom est moins flatteur : le "Madoff" japonais est une référence directe à l’homme d’affaire américain auteur d’une des plus grandes escroqueries financières de l’histoire. (voir LLB 03/07).

L’arnaque de M. Nami se place, elle, parmi les plus vastes jamais organisées dans son pays. On estime que son escroquerie pyramidale lui aurait rapporté près de deux milliards d’euros, et ce aux dépens de 37 000 clients bernés.

Tout commence en 1987, lorsque M. Nami crée L&G, Ladies and Gentlemen, un groupe de magasins spécialisés dans la literie et la parapharmacie. Les affaires sont florissantes : les boutiques se diversifient et deviennent des sortes de supermarchés installés dans tout l’archipel nippon. Mais M. Nami a l’ivresse du gain rapide. En 2001, il crée un système alléchant pour ses clients. L’entrepreneur promet des rendements mirobolants (près de 36 % l’an) à ceux qui lui font confiance. L’astuce étant de faire payer les intérêts des plus anciens par les fonds des nouveaux investisseurs. Plusieurs petits épargnants, surtout âgés, mordent à l’hameçon.

Dans cette combine, L&G émet également sa propre monnaie, le "enten", une combinaison des idéogrammes "yen" et "paradis". Car M. Nami est aussi "idéaliste". Il se compare à Nobunaga Oda, un grand seigneur de guerre japonais qui unifia le Japon au XVIe siècle. M. Nami souhaite d’ailleurs que cet "enten" devienne une monnaie mondiale. Heureusement pour les portefeuilles naïfs de la planète, le paradis perdu du Madoff japonais ne dépassera jamais les frontières de l’archipel nippon.

Le système, aussi simple que diabolique, fonctionnait de la manière suivante. Pour chaque dépôt de 864 euros, l’investisseur recevait 100 000 entens qu’il pouvait dépenser dans les magasins L&G, sur les sites de vente en ligne ou dans les hôtels partenaires. Il pouvait théoriquement récupérer son argent au bout d’un an. Mais s’il décidait de le laisser entre les mains de M. Nami, son stock d’entens était automatiquement renouvelé Gratuitement. Trop beau pour être vrai ? M. Nami s’attachait la confiance de ses victimes en mettant en avant la solidité de son activité, qui générait, d’après lui, plusieurs milliards de yen par an.

Mais la pyramide s’écroule brutalement en février 2007. A l’époque, la société cesse de payer les intérêts dus et ne rachète plus les "entens" aux commerces partenaires. En septembre de la même année, tout le personnel de L&G est licencié. Le 5 février 2009, l’arnaque est révélée au grand jour et Kazutsugi Nami arrêté. Lors de son interpellation, le septuagénaire joue la victime. "L a police a ruiné mon business, affirme-t-il devant des médias incrédules. Personne n’a perdu autant que moi. Ce n’est pas une fraude. C’est ce que font toutes les entreprises."

Mais les pertes sont plutôt à comptabiliser du côté de ses milliers de clients. Et même si les langues se délient moins vite que les bourses au Japon, certains témoignages remontent jusqu’aux médias nippons. Une femme, habitant au Nord de Tokyo, explique ainsi au quotidien Asahi avoir annulé un contrat d’assurance-vie de 104 000 euros pour placer cette somme chez L&G. Elle a aussi convaincu son mari et son fils aîné de se lancer dans l’aventure. La famille a perdu près de 220 000 euros.

" Vous devriez savoir que les hauts rendements s’accompagnent de hauts risques" , rappelle, un peu tard, M. Nami depuis sa cellule de prison. L’homme n’est pas prêt de dormir sur ses deux oreilles : aujourd’hui, L&G, en faillite, doit 366 millions d’euros à ses clients.

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