Les PME ont une place à prendre en Bourse

Yves Cavalier Publié le - Mis à jour le

Actualité Entretien

Vincent Van Dessel, le président d’Euronext Brussels, ne le cache pas : la Bourse de Bruxelles doit s’engager dans l’effort de relance de l’économie et entend bien apporter quelques idées au gouvernement qui planche sur un plan de relance. Vincent Van Dessel a quelques idées qu’il nous livre en primeur.

La Bourse n’a pas vraiment la cote aujourd’hui dans l’opinion. Est-elle en crise ?

C’est vrai que l’actualité donne régulièrement l’occasion de pointer la Bourse du doigt. Mais l’institution ne se porte pas si mal. Par contre, il y a eu récemment de grands changements dans l’équilibre du marché. Il y a quelques années une Fortis, à elle seule, faisait 10 % du volume. Aujourd’hui, avec la sortie annoncée de Dexia, il n’y a plus guère que KBC comme banque cotée. Par contre, de nouvelles vedettes sont apparues. Je devrais même dire une nouvelle vedette : c’est AB InBev qui fait l’essentiel du volume de la Bourse de Bruxelles. Avec plus de 100 milliards de capitalisation, AB InBev est même la plus grosse entreprise de tout Euronext, devant Total !

C’est un succès, mais n’est-ce pas un dangereux déséquilibre ?

Je suis d’accord. Mais c’est le jeu lorsqu’une entreprise nationale passe à l’échelle internationale.

Donc l’activité reste satisfaisante, mais se cantonne aux grandes valeurs…

C’est une réalité. Et le problème est que pour l’instant il y a plus de retraits de la cote que d’introductions en Bourse, ce qui risque de provoquer un assèchement du marché. En termes de volumes traités, en 2010, les sociétés hors Bel20 représentaient 15 % du volume des échanges, mais 6 % seulement en 2012 !

Quelle est votre réponse à ce constat ?

Je crois qu’il faut d’abord rappeler les vertus de la Bourse. Les études démontrent que les sociétés créent plus d’emplois une fois qu’elles sont cotées en Bourse. C’est vrai pour 85 % des cas en Europe. Et ce qui est encore plus frappant, c’est que cela se vérifie encore plus pour les plus petites entreprises. Pour les sociétés du Marché libre, on a vu des hausses de 75 % du nombre de personnes employées.

Donc la Bourse est un facteur de création d’emplois ?

Bien sûr, et c’est la raison pour laquelle il est important d’entretenir la confiance des investisseurs et de répondre à leur demande car ils sont demandeurs d’investissements. Mais le message passe difficilement chez nous. Si Bernard Arnault avait débarqué dans la City, on aurait déroulé le tapis rouge. Chez nous, on crie au scandale et on manifeste !

Mais comment attirer les PME ?

La cotation en Bourse des PME est une problématique sur laquelle on travaille depuis longtemps. Elle pose essentiellement deux questions : comment créer une liquidité suffisante et comment amener les analystes à les proposer aux investisseurs ? Ces questions font l’objet d’un rapport qui arrive en fin de parcours auquel sont associés Febelfin pour le secteur bancaire et la FEB.

Quelle est votre stratégie ?

D’abord nous sommes réalistes. On peut rêver d’un nouveau Cooreman-De Clercq et d’avantages fiscaux, mais on ne se fait pas d’illusions. Nous devons agir dans l’intérêt de l’économie du pays et imaginer des réponses qui n’auront aucun impact budgétaire négatif.

Vous disposez d’outils qui permettent de résoudre cette équation ?

Il y en a que nous pouvons activer facilement. Nous souhaitons notamment développer le marché des obligations d’entreprises à la Bourse de Bruxelles. C’est un créneau intéressant car nous voulons en même temps valoriser une formule qui offre une alternative au financement bancaire. Ce serait aussi une première prise de contact avec le marché et l’appel public à l’épargne. Nous constatons qu’il y a un réel intérêt des entreprises pour ce projet. Ainsi, le groupe de presse Roularta vient de lancer une émission obligataire de 100 millions d’euros avec un taux d’intérêt de 5,125 % sur 6 ans. Quand on connaît les taux offerts pour les emprunts d’Etat, on peut comprendre l’intérêt des investisseurs institutionnels. Et même celui des investisseurs particuliers, qui ont toujours 229 milliards en dormance sur les comptes d’épargne à quelque 2 %

Et comment allez-vous attiser ce marché ?

En étant proactifs. En proposant des frais de cotation réduits, un service complet avec le soutien du régulateur. Une cotation sur Euronext, c’est aussi entrer dans un réseau international. Nous parlons de "pré-IPO", de pré-entrée en Bourse avec l’ambition de créer un véritable marché, avec son système de rating spécifique d’ici deux à trois ans.

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