Les prévisions économiques ? "Aussi dur que de prévoir la météo !"

L.Lam. Publié le - Mis à jour le

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Etablir des prévisions économiques fiables en cette période agitée n’est pas chose aisée. Sur une période d’un an, le Bureau du Plan a redescendu de 1,7 % ses prévisions de croissance pour l’année 2012. Et pour l’année 2013, on est passé en trois mois d’une progression de 1,3 % à 0,7 %. Ces fortes variations dans les prévisions du Bureau du Plan sont-elles normales ?

"L’économie n’est pas une science exacte, rappelle Etienne de Callataÿ, chef économiste à la banque Degroof. D’autant plus dans ces circonstances exceptionnelles. Ce qu’ont fait les présidents de la BCE et de la Fed, Mario Draghi et Ben Bernanke, ne s’était jamais vu auparavant, on est dans l’improvisation". Selon Vincent Bodart, professeur au département économique de l’UCL et chercheur à l’IRES, la révision pour 2013 "peut paraître élevée", mais elle s’explique par "le très mauvais deuxième trimestre" (-0,6 %). "Même nous qui avions tablé une contraction de l’économie belge avons été très surpris par l’ampleur du recul", explique-t-il.

Filip Vanhorebeek, économiste au Bureau du Plan, reconnaît d’ailleurs qu’il a été surpris par le très mauvais deuxième trimestre. "Depuis nos prévisions de juin, la situation s’est aussi dégradée chez nos trois principaux partenaires commerciaux", déclare-t-il.

"C’est très compliqué d’établir des prévisions, ajoute Eric De Keuleneer, professeur à la Solvay Business School. Elles dépendent de tellement de facteurs comme les taux d’intérêt, le dollar, l’euro ou la croissance des autres pays". Selon lui, les révisions successives opérées par le Bureau du Plan ne sont pas anormales. "Quand on fait des prévisions, on se trompe forcément, c’est comme la météo, déclare Eric De Keuleneer. Il arrive même à des entreprises de réviser a posteriori des résultats trimestriels ou semestriels".

Quelle est donc l’utilité de publier des prévisions et faut-il encore les prendre au sérieux dans ce cas-là ?

"Beaucoup d’acteurs comme les médias, l’opinion publique ou le gouvernement sont demandeurs de statistiques économiques , note Etienne de Callataÿ. Le gouvernement ou une entreprise ne pourraient de toute façon pas se passer de prévisions pour élaborer son budget. On ne peut pas dire : on verra bien ce qui rentrera et sortira de nos caisses".

L’économiste invite donc le gouvernement à la prudence. "Une des solutions serait que les prévisionnistes donnent une fourchette de croissance, déclare-t-il. Il faudrait ensuite systématiquement retenir le chiffre le plus pessimiste pour l’élaboration du budget" .

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