Moody’s poursuit son jeu de massacre en Allemagne

Marcel Linden Correspondant en Allemagne Publié le - Mis à jour le

Actualité

Dégradations en cascade : après avoir placé lundi l’Etat fédéral sous surveillance négative et fait pareil mardi pour six Länder et des entreprises d’Etat comme la Deutsche Bahn, l’agence de notation Moody’s a abaissé hier de stable à négative la perspective de 17 banques, en majorité des instituts publics. Cette hécatombe n’émeut pas grand-monde. Au contraire, la presse et les autorités voient dans la dégradation des Länder et des banques une conséquence "logique" de celle de l’Etat fédéral. Ainsi, le système de péréquation financière lie le sort de l’Etat central à celui des Länder; de plus, les banques régionales Landesbanken dépendent des Länder et la Deutsche Bahn, qui a différé son introduction en Bourse, appartient à l’Etat fédéral. Si Moody’s a mis sous surveillance négative seulement six Länder sur seize, c’est parce que dix Etats régionaux ne participent pas au système de notation. Sinon tous les seize auraient tous été atteints. Ceci dit, les Allemands trouvent que l’action de Moody’s est financièrement absurde. L’Etat fédéral n’a-t-il pas lancé mercredi un Bund sur trente ans muni d’un taux de 2,17 %, le plus bas niveau jamais enregistré ? Le porte-parole du ministère des Finances a dit qu’il serait " spéculatif " de raisonner sur un possible effet de l’annonce de Moody’s sur les taux allemands. Et d’ajouter que " l’Allemagne reste le havre de paix en Europe ". Un expert de RIA Capital a déclaré à Francfort, qu’à défaut d’autres options, pour les détenteurs de capitaux, les obligations Bund restent une valeur sûre. Pour le vice-président du groupe parlementaire CDU, Michael Meister, " la performance de l’Allemagne et des entreprises allemandes est stable à long terme ", mais il a concédé qu’" à court terme elle est soumise à des tensions dues à la crise des pays endettés ". La Bavière et le Bade-Wurtemberg ont un triple A. Les Bavarois remboursent même le principal de la dette. Curieusement le dirigeant politique qui s’est le plus ému de l’action de Moody’s, est la commissaire européenne à la justice, la Luxembourgeoise Viviane Reding. A la télévision allemande elle s’est plaint que les trois agences américaines ménagent trop l’Amérique. " Chaque fois que la situation budgétaire se détériore aux Etats-Unis, a-t-elle déclaré , certaines agences de notation braquent les projecteurs sur l’Europe ." Les dirigeants et les économistes allemands ont d’autres motifs de préoccupation bien plus graves, le sort de la Grèce et de l’Espagne et une éventuelle stagnation en Allemagne. Côté conjoncture, les économistes se demandent si elle est en train de basculer. Le gouvernement maintient sa prévision de croissance de 0,7 % pour cette année, mais l’indice des affaires Ifo vient de se détériorer pour la troisième fois consécutive. D’un autre côté, l’indice de la consommation des ménages ne cesse d’augmenter et le chômage reste très bas.

Publicité clickBoxBanner