"Notre productivité diminue"

Laurent Gérard Publié le - Mis à jour le

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Pieter Timmermans a succédé à Rudy Thomaes à la tête de la Fédération des entreprises de Belgique, en mai dernier. Pour sa première "rentrée", le nouvel administrateur-délégué de la FEB fait part de ses préoccupations, dont la moindre n’est pas la situation économique du pays. "Elle est fragile, dit-il. On prévoit une croissance proche de zéro pour 2012. Comparé aux pays qui nous entourent, ce n’est pas si mal. Mais par rapport à l’Inde, la Chine ou l’Amérique du Sud, ce n’est pas suffisant."

Deuxième sujet de préoccupation ?

La position concurrentielle de notre économie se détériore. De 2000 à 2011, la Belgique a perdu 8 % de parts de marché dans le monde industrialisé. C’est énorme. On dit toujours que la bonne productivité de nos travailleurs compense notre handicap salarial. Certes, elle est élevée, mais moins que chez nos voisins et, surtout, elle diminue. Elle ne compense en tout cas plus le handicap au niveau des coûts.

D’où vient ce problème de productivité ?

Il y a une multitude d’explications. Et je n’ai pas la solution. Mais cela pose un problème de concurrence.

Troisième source de préoccupation ?

Depuis que nous avons un gouvernement, nous avons une trajectoire budgétaire, c’est rassurant. Mais les limites sont atteintes au niveau de la fiscalité. La progressivité de l’impôt me préoccupe particulièrement. Dès que vous gagnez 25000 euros, vous êtes déjà à un taux de plus de 40 %. Nous passons plus vite que d’autres pays à un taux très élevé.

Quatrième préoccupation ?

La crise en Grèce, en Espagne, L’incertitude en Europe. On sent les investisseurs attentistes. Le climat n’est pas mauvais chez nous, comparé à la Grèce, où l’on diminue les salaires. Mais on va quand même devoir débattre de ce que j’appelle "la diminution de l’augmentation". Il y aura encore des augmentations, mais à un rythme moins élevé qu’auparavant. Nous allons par exemple discuter prochainement de la liaison des allocations au bien-être.

L’enveloppe bien-être a justement été rabotée de 40 %.

Oui, mais cela représente toujours quelques centaines de millions. Dans d’autres pays, on aurait supprimé illico cette enveloppe.

Comment comptez-vous développer cette stratégie de réduction des coûts ?

D’abord, via un bon accord interprofessionnel (AIP), extrêmement important pour la confiance, tant des employeurs que des travailleurs. La stratégie de relance ne servira à rien si, à la fin de l’année, les partenaires sociaux dérapent sur les coûts salariaux. Nous avons là une opportunité en or de stopper l’érosion de nos parts de marché. Car dans les pays qui nous entourent, les augmentations salariales sont un petit peu plus élevées que les années précédentes. Ce n’est pas énorme, mais si nous sommes capables de combiner les mesures de pouvoir d’achat (certes limitées) prévues par le gouvernement avec une bonne stratégie pour les coûts salariaux pour 2013-14, alors nous pouvons réduire notre handicap.

Mais sans toucher à l’index. C’est la demande du gouvernement.

Moi, je n’ai pas lu cela comme cela. Nous devons revoir le panier qui sert de base au calcul de l’index pour le 1er janvier 2014. Qu’on le veuille ou non, il faudra donc parler de l’index. Sur le principe, je ne me fais pas d’illusion, et d’ailleurs nous n’avons pas demandé la suppression de l’indexation automatique des salaires, même si ce serait la solution optimale. Mais refuser d’en discuter, après avoir lu les conclusions de la Banque nationale, ce serait hypocrite. Chez nous, en cas d’inflation, les salaires dérapent toujours. Car l’indexation est considérée comme acquise, elle n’est pas vue comme une augmentation. Dès lors, une hausse des salaires de 4,2 % sera considérée comme insuffisante en Belgique, alors qu’on la trouvera géniale en Allemagne.

Est-ce dans l’AIP que la discussion sur l’index doit être menée ?

Dedans ou dehors, mais en 2013.

Et le débat sur la liaison des allocations au bien-être, sera-t-il bouclé avant l’AIP, comme le souhaitent les syndicats ?

Je ne sais pas, mais on a intérêt à présenter un tout à la population. Si on saucissonne, on est constamment en discussion. Mais la question importante, pour cette enveloppe, est de savoir si on donne quelques euros à tout le monde ou bien si l’on concentre l’enveloppe sur quelques cas spécifiques, qui en ont vraiment besoin.

Quelle option privilégiez-vous ?

La seconde. Notamment au bénéfice des pensions les plus anciennes, de celles des indépendants, des pensionnés en maison de repos,

Après l’AIP, l’harmonisation des statuts ouvrier et employé reviendra sur la table.

D’ici un an, il faut une solution. Dans le dernier AIP, on avait un projet d’accord signé, mais deux syndicats l’ont rejeté. On doit recommencer à débattre. Ce sera difficile, mais si nous voulons gagner à l’avenir, n’ajoutons pas à notre handicap salarial un handicap statutaire. Quand j’entends certains dire que tout le monde doit bénéficier du meilleur statut, alors je dis qu’on peut oublier certaines branches de l’industrie en Belgique. Je propose plutôt de créer un socle statutaire de base, commun à tous les travailleurs, qui serait la moyenne de ce qui se fait dans les autres pays de l’Eurozone. Socle auquel on apporterait des spécificités selon les secteurs ou entreprises.

Demandez-vous davantage de flexibilité dans la semaine de travail ?

Oui. Il ne faut pas se faire d’illusion. Tant que cette différence de coût salarial sera existante, il y aura toujours des employeurs pour demander de pouvoir produire de façon plus flexible que leurs concurrents à l’étranger. Sinon, il n’y a aucun moyen d’emporter des marchés. Mais voyons d’abord ce qui se trouve dans l’accord de gouvernement et qui est encore à concrétiser : la modernisation du droit du travail, hérité de notre passé industriel; l’organisation du travail; les heures supplémentaires,

Le problème de compétitivité de nos entreprises ne provient-il pas aussi du peu d’investissement en recherche et développement et en formation des travailleurs ?

Les entreprises investissent quand le cadre est favorable à l’investissement. S’il y a des incertitudes, parce que les coûts sont trop élevés ou parce qu’il n’y a pas de sécurité énergétique, alors on hésite. Ici, je ne vise pas seulement les syndicats. Si au niveau européen, on ne maîtrise pas la crise de l’euro, toute l’Europe sera victime de cette incertitude.

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