"On est prêt à faire la guerre à Peugeot"

Virginie Roussel Publié le - Mis à jour le

Actualité Correspondante à Paris

Jeudi dernier, PSA Peugeot Citroën a annoncé la suppression de 8 000 emplois en France et l’arrêt de la production dans son usine d’Aulnay-sous-Bois, en banlieue parisienne. Lors de son allocution télévisée du 14 juillet, le président de la République, François Hollande, a dénoncé "un plan en l’état inacceptable" et estimé qu’il devait être "renégocié". Le gouvernement ne peut pas interdire la fermeture du site d’Aulnay, a-t-il ajouté, mais "nous pouvons faire en sorte qu’Aulnay reste un site industriel" . Il a souhaité que "la concertation" à venir aboutisse à "ce qu’il n’y ait aucun licenciement sec chez Peugeot" , que "le nombre de suppressions d’emplois soit réduit" et que "des solutions soient proposées pour chaque salarié" . Le chef de l’Etat s’est montré particulièrement virulent à l’égard de la direction du groupe, accusée de "mensonge" et d’avoir reporté l’annonce du plan à l’après-présidentielle. Jean-Pierre Mercier, leader CGT d’Aulnay, réagit.

Comment avez-vous décodé cette déclaration de François Hollande : “L’Etat ne laissera pas faire” ?

Une parole qui n’engage pas à grand-chose. L’Etat a pourtant les moyens d’intervenir. Pour des raisons politiques d’embargo international contre l’Iran, il a interdit à une usine privée comme Peugeot de vendre des véhicules. Il a donc largement les moyens d’intervenir sur un terrain social en interdisant les licenciements et la fermeture de l’usine PSA d’Aulnay qui emploie 3 000 salariés.

Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, a nommé un expert pour vérifier le livre des comptes de l’entreprise. Dans quelle proportion PSA a-t-il remboursé les 4 milliards d’euros de prêts ?

Il n’a remboursé que le prêt de 3 milliards. Mais la totalité des autres aides qui doivent s’élever à plusieurs milliards d’euros ne sont pas quantifiables. Beaucoup sont versées sous la forme du crédit impôt recherche. Et là-dessus il y a le secret fiscal. Publiquement, vous n’avez pas le droit de dire ce que Peugeot doit rembourser. Il y a les milliards sous forme de prime à la casse, bonus-malus, allocation au niveau du chômage partiel, toutes les subventions pour alléger les cotisations patronales. C’est énorme ce qu’a perçu Peugeot. Et le groupe a des liquidités en caisse. D’ailleurs, il ne s’est pas gêné, en septembre dernier, pour verser 200 millions d’euros de dividendes à ses actionnaires.

Le président du directoire de PSA Peugeot Citroën, Philippe Varin, a déclaré que l’entreprise perdait 200 millions d’euros par mois. Que préconiseriez-vous à une entreprise privée qui se bat sur un marché européen où la guerre des prix fait rage ?

D’abord, il faut casser le mythe que Peugeot ne vend qu’en Europe. Peugeot vend dans le monde entier. Entre le premier semestre 2012 et le premier semestre 2011, il y a un recul de 240 000 ventes de véhicules. L’explication majeure, c’est l’interdiction faite à Peugeot de vendre sur le marché iranien. L’Iran est le premier marché à l’international et représente 15 % de ses ventes totales mondiales avec un volume annuel de 457 000 véhicules en 2011. Le vrai recul en termes de vente pour des raisons économiques de guerre de prix est de 40 000 véhicules, en gros. Ce qui ne représente que 1 % des ventes de PSA. Aussi, je conteste le chiffre de 200 millions de perte par mois. PSA vend pratiquement autant que l’an dernier qui était une année record. Son chiffre d’affaires est passé en quelques années de 41 milliards à 65 milliards d’euros.

Pourquoi les comptes de PSA seraient-ils falsifiés ?

Pour justifier l’injustifiable. On est confronté à une délocalisation à l’intérieur de l’Ile-de-France. Aulnay est voué à disparaître et à voir sa production transférée à l’usine de Poissy. Une usine automobile est rentable à partir du moment où elle tourne à 75 %. Depuis le début de l’année, Aulnay tourne à 95 % et en moyenne autour de 80 %. On fabrique la voiture la plus vendue dans la gamme Peugeot Citroën, la nouvelle C3. L’objectif de la direction est simple : fermer Aulnay et surcharger de travail les usines de Poissy, Sochaux et Mulhouse. Et sortir la même production avec une usine en moins. Vous imaginez tout de suite les marges qui vont exploser. Les seuls experts valables à nos yeux, ce n’est pas celui qu’a nommé Montebourg et qu’il prétend indépendant, mais les salariés : secrétaires, comptable, informaticiens Et là, on aurait de très très grandes surprises.

Quelle est la marge de manœuvre des syndicats par rapport à une entreprise privée qui veut fermer son usine ?

Enorme à partir du moment où 3 000 salariés unis ne sont pas prêts à se laisser vendre dans un contexte social et économique extrêmement tendu. On représente un danger social et politique énorme pour le gouvernement et le patronat. Et on est prêt à faire la guerre à Peugeot. On joue notre peau. Ce qu’il nous faut, c’est un boulot. Pas un chèque.

En tant que syndicat de gauche, pensez-vous obtenir d’un gouvernement de gauche ce que vous n’auriez pas pu obtenir de celui de Nicolas Sarkozy ?

Très clairement : non ! La France entière savait depuis un an que Peugeot allait fermer l’usine d’Aulnay et l’annoncerait après les élections présidentielles et législatives. Nous avons divulgué le document secret, il y a douze mois. Ça a fait l’effet d’une bombe. Hollande ne nous a jamais reçus durant la campagne électorale. Alors que ça fait douze mois qu’on demande à avoir des réunions sérieuses. S’il y a des salariés qui avaient des illusions concernant ce gouvernement de gauche, elles sont déjà tombées.

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