"Oncle Bernie", l’Arsène Lupin de la finance

Stéphanie Fontenoy, Correspondante aux Etats-Unis Publié le - Mis à jour le

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Figure légendaire de Wall Street, adulé par des investisseurs crédules auxquels il promettait des miracles, l’escroc Bernard Madoff croupit aujourd’hui dans la cellule d’une prison fédérale de Caroline du Nord.

L’ancien businessman new-yorkais, condamné à 150 ans derrière les barreaux, est entré dans l’histoire comme l’architecte de la plus grosse arnaque de la finance américaine.

"Oncle Bernie", comme l’appelaient affectueusement ses clients, a dirigé pendant des décennies le Bernard Madoff Investment Securities (BMIS), un fond d’investissements confidentiel qui devait sa réussite à la confiance (certains diront à l’aveuglement et à l’avidité) d’investisseurs, petits et gros, alléchés par un rendement juteux garanti de 11 % par an, une véritable mine d’or au regard de la versatilité des marchés.

Ancien patron du Nasdaq, la Bourse américaine des nouvelles technologies, l’ancien maître nageur passé arnaqueur en chef se servait de sa réputation de pionnier dans les milieux des affaires pour rabattre ses proies.

Mais au lieu d’investir les dépôts qu’il recevait sur les marchés, Bernard Madoff gardait l’argent sur un compte de la banque Chase à Manhattan, et rémunérait ses clients avec l’argent des nouveaux entrants, selon un "schéma" connu, inventé par l’escroc italien Charles Ponzi en 1920. Quand la Bourse de New York s’est effondrée en 2008, l’Arsène Lupin de la finance n’a plus les moyens de dissimuler son incroyable montage financier. Le montant total de l’affaire, principal plus intérêts, avait atteint 65 milliards de dollars, un record absolu sur l’échelle des escroqueries.

La chute de Bernie Madoff, arrêté le 11 décembre 2008 en pleine crise financière, devient le symbole des dérives de Wall Street. En mars 2009, l’ancien gourou de la finance plaide coupable sur toute la ligne : fraude boursière, faux en écritures, fraude sur le marché des valeurs, fausses déclarations aux autorités du contrôle boursier, blanchiment d’argent

En reconnaissant sa responsabilité, Bernard Madoff s’évite un procès public et protége sa famille, fortement soupçonnée d’avoir eu connaissance de la fraude, voire d’y être impliquée. Mais il devient également le bouc émissaire autodésigné d’un système qui a détourné les yeux de ses agissements. Dénoncé en 1999 par un de ses concurrents, la Security and Exchange Commission (SEC), le gendarme de la Bourse américaine, envoie ses experts qui auditent la société d’investissements de Bernard Madoff sans tomber sur le pot aux roses.

Après le scandale, Meaghan Chun, responsable de la SEC de New York, s’est justifiée comme elle le pouvait : "Si quelqu’un vous présente les mauvais livres comptables, je ne sais pas comment vous pouvez trouver les bons."

Du fin fond de sa prison, le financier sans scrupules insinuera plus tard que les banques et autres fonds d’investissement qui lui avaient confié certains de leurs avoirs n’étaient pas dupes : "Ils ne pouvaient pas ne pas savoir. Leur attitude était en quelque sorte de dire : si vous faites quelque chose de mal, nous ne voulons pas le savoir."

Pour l’économiste Nouriel Roubini, un des visionnaires qui avaient prédit l’éclatement de la bulle immobilière et la chute des marchés, le scandale Madoff n’est que le reflet d’une perversion de l’économie américaine, "un château de cartes construit par les ménages, les institutions financières et les entreprises à partir de l’effet de levier et qui s’est effondré sur lui-même" .

Un processus légal long et fastidieux.

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