P. De Keyzer : "La Belgique doit encore mettre en place ses réformes structurelles"

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Actualité Peter De Keyzer, Chef économiste de BNP Paribas Fortis

Pour Peter De Keyzer, il est très difficile de dire si le recul de l’économie belge au deuxième trimestre était un accident. "Ce coup de frein est peut-être lié à une accumulation de stocks de la part des entreprises belges, explique-t-il. Comme les exportateurs anticipent un ralentissement en Allemagne, il est probable qu’ils aient préféré écouler leurs stocks au lieu de produire". Néanmoins, l’économiste estime qu’au troisième trimestre, la zone euro dans son ensemble, ainsi que l’Allemagne, afficheront une croissance négative.

Selon l’économiste, si la Belgique a bien résisté à la crise jusqu’ici, elle recèle néanmoins des points faibles qui handicaperont son futur. "La Belgique a deux atouts : sa proximité avec l’Allemagne et le faible endettement des ménages, explique-t-il. Mais elle doit encore mettre au point les réformes structurelles qui ont été réalisées en Allemagne". Il pointe notamment le taux d’emploi trop faible des seniors et des allochtones. "En Belgique, 35 % des personnes âgées entre 55 et 65 ans sont au travail, contre 70 % en Suède, explique-t-il. Et le taux d’activité des allochtones est le plus faible des 27 pays de l’Union européenne". Pour augmenter le taux d’emploi des seniors, il recommande notamment des baisses de charges ciblées ainsi qu’une limitation des prépensions. "Il faut également adapter le travail des aînés", explique-t-il. D’une manière générale, l’économiste estime qu’on ne favorise pas assez le travail en Belgique. "Le chômeur devrait être incité à travailler même pour un salaire peu élevé, déclare-t-il. Cela permet de conserver les compétences nécessaires. Le Danemark, par exemple, prévoit une allocation de chômage plus importante au début mais ensuite le montant diminue plus rapidement".

La deuxième piste recommandée est la réforme de l’indexation automatique des salaires. "Avant l’essor des marchés émergents, l’évolution du cours des matières premières était largement dictée par la conjoncture dans les pays développés, explique Peter De Keyzer. Actuellement, nous sommes beaucoup plus dépendants de l’évolution de l’économie chinoise. Et selon une étude de la compagnie pétrolière BP, 93 % de la demande additionnelle de pétrole proviendra des marchés émergents d’ici 2030. Cette évolution pourrait donc engendrer de l’inflation en Belgique, même en période de basse conjoncture, via l’indexation automatique des salaires".

Récemment, l’économiste Geert Noels estimait que la récession n’était pas forcément une mauvaise chose. "Je partage le fait qu’il soit intenable de soutenir la croissance via l’emprunt et la politique monétaire, explique Peter De Keyzer. Mais, à long terme, une croissance d’1 % à peine ne permettra pas de relever le défi du vieillissement de la population". L.Lam

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