«Parmalat & Co justifient notre utilité»

V.S. Publié le - Mis à jour le

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Jean Lanier, président du directoire du groupe Euler Hermes - numéro un mondial de l'assurance-crédit (prévention du risque de non-paiement, recouvrement des créances commerciales, etc.) - était de passage à Bruxelles lundi. L'occasion de faire le point sur la stratégie de ce groupe, filiale des AGF et membre du géant allemand Allianz. Et d'évoquer les enjeux et défis du secteur pour les années futures. Mais aussi les risques.

La survenance de l'affaire Parmalat en Italie et de certains scandales boursiers modifie-t-elle l'appréciation du risque acceptable pour un groupe comme Euler Hermes? «Cela ne nous gêne pas de couvrir un Parmalat de temps en temps. La question que l'on peut se poser aujourd'hui est la suivante: aurions-nous pu faire quelque chose pour nous éviter ainsi qu'à nos clients de subir les effets de cette affaire? Nous ne pouvions pas prévoir que ce risque de fraude était aussi élevé: il est toujours facile après coup de refaire l'histoire mais nous ne sommes pas devin. Une affaire comme Parmalat, c'est aussi la justification de l'utilité d'un groupe comme Euler Hermes. Il n'est pas question de ne pas couvrir nos clients en cas de coup dur. Nous entendons assumer notre rôle de prévention et de recouvrement», a ainsi expliqué Jean Lanier. Et d'ajouter: «Je ne suis pas persuadé que ce type de fraudes va se multiplier à l'avenir. La différence, c'est que ces fraudes sont aujourd'hui beaucoup plus médiatiques et qu'elles touchent des sociétés cotées. Mais cela fait longtemps que nous sommes confrontés à des cas de fraude dans des sociétés privées. Couvrir ce risque, à condition qu'il ne soit pas prévisible, fait partie des services que nous rendons à nos clients.»

Risque de 60 millions

L'exposition d'Euler Hermes au risque Parmalat avoisine les 60 millions d'euros. La facture finale devrait, elle, tourner autour de 5 millions d'euros. «Chaque année, nous indemnisons des montants considérables suite à des fraudes. Nous devons couvrir nos clients aussi longtemps qu'il est possible de les couvrir. Mais aussi informer nos clients que nous ne couvrirons plus certains risques si la situation s'est à ce point détériorée: nous n'avons ainsi pas déboursé un euro de sinistre dans le cas des faillites de la Sabena ou de la Sobelair», explique, de son côté, Jean-Luc Louis, CEO d'Euler Hermes Belgique.

Pour Jean Lanier, le métier d'assureur-crédit a encore un bel avenir devant lui même si la période d'acquisitions est «globalement achevée» pour Euler Hermes, sa position de leader rendant une augmentation de ses parts de marché difficilement compatible avec les règles appliquées par les autorités de la concurrence. «Le nouvel essor de l'assurance-crédit dans les pays économiquement mûrs passera par une plus grande pénétration de ce métier auprès des petites et moyennes entreprises (PME). Aujourd'hui, les polices destinées aux PME sont avant tout des versions simplifiées des polices destinées aux grandes entreprises. Il faudra demain faire de ce produit un produit de masse. Ce marché des PME est encore à développer: c'est un immense chantier devant nous», poursuit Jean Lanier. Et Jean-Luc Louis de conclure: «Le petit entrepreneur belge n'est pas sensible à ce risque client. Une prise de conscience s'impose donc. Lorsque l'on questionne le chef d'entreprise sur les raisons qui le poussent à ne pas s'assurer, il répond souvent: je connais mes clients, c'est mon voisin... Mais tout le monde connaissait aussi Parmalat, Sabena ou Enron...»

© La Libre Belgique 2004

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