Ph. Defeyt : "Se diriger vers des sociétés avec plus de temps libre"

L. Lambrecht Publié le - Mis à jour le

Actualité Philippe Defeyt, Économiste à l’Institut pour un développement durable.

Pour Philippe Defeyt, il est fort probable que les économies belge et européenne vont continuer à stagner pendant longtemps. "Même si les performances de la Belgique ont été meilleures que celles des pays du sud de l’Europe, je pense que l’on se dirige vers une longue période de croissance molle comme au Japon, explique-t-il. Les problèmes du secteur financier chez nous et dans beaucoup de pays européens sont une épée de Damoclès qui pèse sur l’économie réelle. Par ailleurs, les jeunes qui entrent sur le marché du travail ont une situation plus précaire qu’avant et ne peuvent donc pas consommer comme ils le devraient".

L’économiste rejette l’analyse selon laquelle il faut améliorer à tout prix la compétitivité pour relancer notre économie. "Si chaque pays augmente sa compétitivité, on diminue le bien-être de l’ensemble, analyse-t-il. Le système d’indexation automatique des salaires induit, par exemple, certains problèmes mais il faut peser le pour et le contre. Même si l’indexation augmente le prix de l’énergie, elle permet de garantir la paix sociale qui est indispensable au bon fonctionnement des entreprises".

En ce qui concerne l’emploi des seniors, Philippe Defeyt estime que la Belgique a déjà fait de gros efforts. D’après les projections de l’Institut pour un développement durable, le taux d’emploi des 55-59 ans devrait passer de 55,1 % en 2 011 à 61,6 % en 2017. Pour les 60-64 ans, le taux d’occupation devrait passer de 20,8 % à 27,7 %. "La prochaine étape est de convaincre les entreprises qu’engager un senior peut être un bon choix, estime l’économiste. Il faudra aussi adapter les conditions de travail car après 55 ans beaucoup de travailleurs sont usés".

Selon Philippe Defeyt, les économies développées sont arrivées à un tournant historique. "Beaucoup de marchés sont saturés alors que nous sommes concurrencés par des pays comme le Brésil, la Chine ou l’Inde , déclare-t-il. Regardez le secteur de l’automobile qui est en surcapacité en Europe. Pendant longtemps, nous nous sommes appuyés sur l’endettement pour stimuler l’économie mais cette croissance était basée sur du vent" . Selon l’économiste, il va donc falloir apprendre à vivre avec une société qui croît moins vite. "La solution est peut-être d’animer un débat sur le sens de l’activité économique, déclare-t-il. Est-il normal de travailler de plus en plus sous pression ? Il faudra peut-être se diriger vers des sociétés avec plus de temps libre, plus d’activité créatrice. La grande question est de savoir comment équilibrer les budgets nationaux mais jusqu’à présent, personne n’a pu y répondre" . L.Lam.

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