Ph. Ledent : "La BCE ajoute de la pression sur les Etats"

L.Lam. Publié le - Mis à jour le

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Après les déclarations de Mario Draghi la semaine dernière, certains opérateurs attendaient beaucoup plus de la réunion de politique monétaire de la Banque centrale européenne ce jeudi. Pour rappel, le président de la BCE avait déclaré que son institution ferait "tout ce qu’il faut pour préserver l’euro. Et croyez-moi, ce sera suffisant". Or, la BCE n’a pas annoncé de nouvelles mesures pour venir en aide aux pays en difficulté.

"C’est dangereux car cela déçoit les opérateurs qui avaient interprété les propos de Mario Draghi de manière hyper positive, déclare Philippe Ledent, senior economist chez ING Belgique. D’autant plus que l’annonce de la BCE est même inférieure à nos propres attentes qui n’étaient déjà pas très élevées".

L’économiste pointe notamment l’absence d’unanimité au sein de l’institution monétaire. "La BCE soulève clairement qu’il n’y a pas d’unanimité au sein du Conseil des gouverneurs, note Philippe Ledent. Cela montre clairement que l’Allemagne freine et que la BCE ne pourra pas aller plus loin à l’avenir". Notamment en ce qui concerne la réactivation du programme SMP en sommeil depuis le mois de mars. Il consiste en le rachat par la BCE d’obligations des pays en difficulté sur le marché secondaire afin de faire baisser leurs coûts de financement.

"Dans l’esprit de la BCE, la situation est très claire, déclare Philippe Ledent. Les Etats doivent d’abord avancer dans les réformes. En cas de besoin, ils peuvent faire appel au Fonds de sauvetage de la zone euro. Et si cela ne fonctionne pas, la BCE peut alors intervenir."

Mais l’Espagne a jusqu’à présent refusé tout plan d’aide global à son économie. En retirant le plan d’aide aux banques espagnoles, il ne reste de toute façon plus qu’environ 120 milliards mobilisables immédiatement dans le Fonds européen de stabilité financière. "Le futur Mécanisme européen de stabilité qui devrait peser 500 milliards d’euros est toujours bloqué en attendant la décision de la court constitutionnelle allemande le 8 août, note Philippe Ledent. On a vraiment l’impression que la BCE tente de gagner du temps jusqu’à son entrée en vigueur".

Philippe Ledent pointe également une certaine contradiction dans les propos de Mario Draghi. "Il y a un certain malaise dans les déclarations de la banque centrale, explique-t-il. D’un côté, elle dit qu’assurer la transmission monétaire est pleinement dans son mandat. Mais de l’autre, elle dit qu’elle ne bougera pas tant que les Etats n’engagent pas les réformes nécessaires. A force d’expliquer des non-décisions, la BCE va froisser certains opérateurs."

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