Pour qu’Internet reste libre !

Patrick Van Campenhout Publié le - Mis à jour le

Actualité

Pour Frédéric Donck, ce juriste belge qui dirige la branche européenne de l’organisation sans but lucratif Internet Society qui fête ses vingt ans cette année, les nuages noirs s’accumulent au-dessus de l’Internet. Et ce n’est pas sans risque pour le potentiel qu’il offre aux créateurs d’entreprises. On l’a vu récemment avec les débats houleux aux Etats-Unis sur le contrôle des flux de données ou en France avec la loi Hadopi qui tente de freiner la diffusion via Internet de contenus protégés au détriment des éditeurs et des auteurs. "Notre vision est celle de l’Internet originel, libre et ouvert. Pour nous, c’est la base du succès du Web. L’innovation que vous observez aujourd’hui avec la naissance d’entreprises comme Facebook n’est imaginable que dans un environnement caractérisé par la non-permission." Comprenez : on y fait ce que l’on veut, pas ce que l’on peut. "En effet. Si on le garde tel quel, il y aura encore des start-up improbables comme Google et autres qui agissent sans contrainte, mais à vrai dire, le modèle est actuellement sous pression. Des pressions économiques et commerciales qui débouchent par exemple sur le blocage de certains noms de domaines (DNS) en liaison avec des tentatives de contrôler les abus relatifs aux droits d’auteurs. Et c’est là que nous avons un avis indépendant qui doit être pris en compte : techniquement, ces blocages comme l’Hadopi en France ont des objectifs compréhensibles, mais pratiquement, ils ne servent à rien. Enfin, nous savons et nous voyons que c’est inefficace. Et, que l’on se comprenne bien, nous ne sommes pas opposés à ces objectifs, mais les nôtres - la liberté et la neutralité du Web - sont tout aussi importants !"

C’est dire que ces blocages présentés comme des solutions au piratage des oeuvres protégées sont une perte de temps ? "Evidemment, mais cela présente des risques comme l’a rappelé le blocage intentionnel de Wikipédia récemment au moment des discussions sur des lois coercitives aux Etats-Unis qui risquaient de pénaliser l’encyclopédie en ligne pour chaque lien renvoyant à un contenu protégé. Peut-on imaginer aujourd’hui de vivre sans Wikipedia ?"

Mais que faire dès lors pour contrer les dérives du Net ? "Il faut évidemment lutter contre ce piratage ou contre la pédopornographie, mais il faut le faire dans la vie réelle. Internet ne fait qu’amplifier ce qui se passe dans notre société !" La question est quand même de savoir comment bloquer certains contenus ? "Non, je le répète, ça ne fonctionne pas. On a trouvé des logiciels qui permettent de contourner Hadopi en France, et le blocage de sites n’en efface pas le contenu, ni les pages qui ont leurs adresses propres. Il ne faut pas être un génie de l’informatique pour retrouver des contenus soi-disant effacés. En outre, cela contribue à la création d’un ‘Internet gris’ où tout se passe sans que l’on puisse contrôler quoi que ce soit. En fait, il faut créer de nouveaux modèles économiques pour répondre à la réalité du Web. Comme Spotify qui vend la musique sur Internet, pour prendre un exemple de dématérialisation des œuvres."

Publicité clickBoxBanner