Relativiser avant tout !

grégoire comhaire Publié le - Mis à jour le

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Avec ses 200 hectares de culture céréalière, Alain Moers n'a certainement pas à rougir de son exploitation, à quelques kilomètres de Wavre dans la campagne brabançonne.

Ici, ni bétail ni volaille, mises à part les cinq poules du poulailler familial, mais bien d'immenses champs de blé, de betteraves, de pommes de terre et de chicorée, qui de prime abord ne peuvent apparaître à l'oeil d'un citadin non-averti que comme autant de bonnes raisons de se réjouir de la récente flambée des prix des céréales observées ces derniers mois.

Et pourtant... Malgré une multiplication par deux du prix du blé en 6 mois, Alain Moers reste prudent et refuse de se montrer trop optimiste. Car si les tendances ne peuvent qu'augurer une très bonne année en matière de rentrées financières sur la vente de ses céréales, celles-ci ne pourront que compenser les pertes occasionnées par la baisse du prix des betteraves, durement ressentie par le secteur. "45 euros l'année dernière, 33 cette année et 25 l'année prochaine" dénonce-t-il d'emblée.

Mangeurs de subventions

Alain Moers relativise ainsi la frénésie qui semble régner autour de cette subite augmentation du prix des céréales. Les mauvaises conditions météorologiques survenues dans les différents coins du globe ont certes créé un climat favorable pour les agriculteurs comme lui mais celui-ci reste largement en dessous de ce qu'il était encore il y a quinze ans. "On s'extasie devant une tonne de froment à 185 euros, mais on oublie qu'elle se vendait encore à près de 250 euros en 1991 !" nous explique-t-il ainsi.

Depuis la mise en place de la politique agricole commune, les prix n'ont donc cessé de dégringoler rendant du même coup les agriculteurs dépendants des aides de l'Union européenne. Un mal nécessaire selon lui, même s'il préférerait bien entendu pouvoir s'en passer et vendre sa production à un prix correct et juste.

"On nous traite de profiteurs et de bouffeurs de subventions ! Quand vous voyez ce genre de prix et les compensations qu'elles donnent, vous comprenez que ce sont des accusations gratuites. Il n'y a qu'en étendant constamment sa production qu'on parvient un peu à rentabiliser ses investissements."

La logique de la PAC a en effet généré une nécessité d'extension constante de la production pour pouvoir survivre. Cette augmentation de production dans tous les produits agricoles générant ainsi des surplus et une baisse de prix favorable au consommateur. "L'agriculteur est floué par un tel système" estime pourtant Alain Moers pour qui il est incontestablement dangereux de jouer constamment avec la santé financière des agriculteurs.

"Les gens sont prêts à dépenser des fortunes pour aller à des concerts ou pour acheter des gadgets qui ne servent à rien, mais ils réchignent à dépenser de l'argent pour leur nourriture" s'exclame-t-il. "On nous accuse de râler tout le temps, mais je voudrais quand même rappeler que si vous trouvez le matin sur votre table du pain, des céréales et du lait, c'est parce qu'un type comme moi se lève plus tôt que vous pour aller traire ses vaches et travailler son champ. Nous ne sommes pas un métier comme les autres. Il s'agit de la nourriture quotidienne de l'ensemble de la population, pas d'un vulgaire bien de consommation."

Relativisant toujours cette flambée des prix, il poursuit enfin en dénonçant l'industrie alimentaire qui profite toujours d'une augmentation du prix des matières premières pour le répercuter sur le coup des aliments en magasin mais qui selon lui, ne les diminue pas pour autant lorsque ces prix retournent à la baisse. "La part de l'agriculture est tellement faible dans le prix du produit fini, qu'il est temps d'arrêter de nous stigmatiser, et de redécouvrir l'importance de notre métier pour la population".

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