Renault mise sur l’Inde

Emmanuel Derville, correspondant en Inde Publié le - Mis à jour le

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Deux ans après l’échec de la Logan, Renault revient sur le segment du low cost en Inde avec Dacia. Le constructeur français a récemment lancé la commercialisation de son 4x4 à bas coût, le Duster. Présenté à la presse à New Delhi, ce tout-terrain est le joker de la marque au Losange pour conquérir les routes indiennes. Elle compte en écouler plus de 15 000 exemplaires d’ici fin 2012. Soit plus de la moitié de ses objectifs de ventes dans le pays.

Depuis mai 2011, le constructeur français s’est limité au segment haut de gamme. Avec son 4x4 Koleos, sa petite citadine Pulse et sa berline Fluence, Renault a d’abord voulu se positionner comme une marque prestigieuse aux yeux de la clientèle locale. Une stratégie à contre-pied de celle adoptée pour le lancement de la Logan, il y a cinq ans.

Désormais confiant dans son image de marque, le groupe espère séduire les conducteurs indiens qui rêvent d’un 4x4 mais qui n’ont pas les moyens d’en acheter un. Le Duster de Dacia sera vendu entre 719 000 et 1,1 million de roupies (10 000 à 16 000 euros). Soit le même prix qu’une berline. Bien que low cost, le véhicule se veut plus raffiné que les tous-terrains indiens comme le Safari de Tata et le Scorpio de Mahindra.

La réussite du Duster est capitale pour l’avenir de Renault en Inde. L’entreprise a du retard à rattraper face au Coréen Hyundai ou aux Japonais Toyota et Suzuki qui trustent le marché. Le groupe français ambitionne d’écouler 100 000 véhicules dans le pays, l’année prochaine. Il développe son réseau de concessionnaires, qui passera de 55 à 100 points de vente, d’ici décembre, pour couvrir le pays aussi vite que possible. Car sur le continent européen, qui représentait 57 % des ventes mondiales de Renault en 2011, la conjoncture économique s’assombrit. L’année dernière, les ventes ont reculé de 7,5 % en France et de 5,7 % en Europe. A l’inverse, les marchés émergents, en particulier la Russie, la Turquie et l’Amérique latine, ont tiré les ventes mondiales à +3,6 %. Si l’économie indienne a ralenti à 6,5 % sur l’exercice 2011-2012, elle reste plus dynamique que la zone euro.

Le succès sera-t-il au rendez-vous ? Chez Renault, on assure que les précommandes de Duster atteignent 3 500 à 4 000 exemplaires, comme prévu. Pas d’inquiétude donc. A un détail près. L’usine Renault de Chennai, dans le sud du pays, fabrique surtout des véhicules diesel. Le pari semble judicieux au premier abord. Les Indiens se tournent de plus en plus vers ce carburant 40 % moins cher que l’essence. Sur l’exercice 2011-2012, la part des ventes de voitures diesel est passée à 50 % contre 28,4 % un an plus tôt. Sauf que Le gouvernement indien envisagerait de taxer les moteurs diesel afin d’augmenter ses recettes fiscales. "C’est très inquiétant pour nous. Si les autorités franchissent le pas, nous allons nous retrouver avec un stock de voitures diesel très difficile à écouler" , s’inquiète un cadre du groupe.

Et il n’y a pas que la réglementation. "Le prix du Duster est très compétitif. Cependant, il arrive dans les concessions alors que les ventes se tassent depuis quelques mois" , observe Yaresh Kothari, analyste chez Angel Broking. La faute à une croissance qui freine et à des taux d’intérêt qui grimpent à 8 %. Sans oublier la concurrence. Ford, Hyundai, les Indiens Mahindra et Maruti vont lancer des modèles rivaux du Duster dans les prochains mois.

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