Ryanair n’est pas la seule à peu remplir ses réservoirs

R.Me. Publié le - Mis à jour le

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L’enquête espagnole sur les atterrissages d’urgence de Ryanair à Valence se poursuit (voir nos éditions précédentes) et la polémique enfle en Europe. Les langues commencent aussi à se délier.

Ainsi, le phénomène de réservoirs "trop faiblement remplis" ne concerne pas seulement Ryanair, explique la presse britannique. Le "Daily Mail", citant l’Autorité de l’aviation civile britannique, recense ainsi 28 cas d’atterrissages en urgence par manque de carburant ces deux dernières années en Grande-Bretagne, dont deux le même jour pour la compagnie aérienne Virgin Atlantic. Depuis le début 2012, plusieurs "mayday" ont été émis pour la même raison dans les aéroports britanniques, y compris à Heathrow, Liverpool, Edimbourg, Manchester ou Birmingham, explique le quotidien.

Sous couvert d’anonymat, un pilote anglais explique aussi qu’avec la crise et la flambée des prix du pétrole, il existe "une pression accrue" de la part des patrons de certaines compagnies aériennes pour transporter moins de kérosène. "Des avions aux réservoirs moins chargés, et donc plus légers, sont plus rentables", explique le pilote.

Ce serait même doublement payant si l’on en croit d’autres sources qui évoquent "une stratégie de l’appel d’urgence". Ces atterrissages prioritaires permetraient ainsi à certaines compagnies de "passer devant" les autres, en cas de fort trafic à l’approche des aéroports. De quoi soigner ses statistiques en matière de ponctualité.

En Espagne, la presse ne décolère pas. Dans une interview au quotidien "ABC", un commandant d’Iberia affirme que certains avions de Ryanair ont atterri en Espagne avec 500 kilos de combustible, "soit cinq minutes d’autonomie". "Quelques minutes de vol en plus, et ils se seraient crashés. [ ] Si nous faisions tous pareils [que Ryanair], la moitié des avions s’écraseraient", affirme Jorge Ruiz de Almiron, 31 ans d’expérience.

Face à ce qu’elle voit comme une "carence" en matière de sécurité, l’Espagne menace de suspendre la license de Ryanair durant trois ans. La compagnie irlandaise se défend. Elle conteste le terme d’atterrissages "d’urgence" et assure que "tous les vols de Ryanair opèrent avec les niveaux de kérosène requis".

Son patron Michael O’Leary accuse le ministère des Transports espagnol d’émettre des "demi-vérités". D’après lui, seule l’Irlande aurait le pouvoir de suspendre sa licence. Et "elle l’aurait déjà fait" si sa compagnie "n’agissait pas de manière responsable" avec ses passagers.

Dans une interview au quotidien "El Mundo", le CEO irlandais affirme que l’image de Ryanair n’est pas écornée par cet épisode. "Si c’était le cas, nous ne continuerions pas à transporter des milliers de passagers par jour."

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