Secondes résidences en Europe: la crise a cassé les prix!

Angélique Kourounis, Correspondante en Grèce Publié le - Mis à jour le

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Il y a quelque temps, acheter une maison à Athènes, où les prix dépassaient les 2 000 euros le mètre carré, voire le double dans certains quartiers, relevait du rêve malgré les offres alléchantes des banques qui coursaient le client. Aujourd’hui, les prix s’effondrent et il n’y a plus de liquidités en circulation.

De plus, le nouveau système fiscal, encore plus injuste que le précédent, oblige beaucoup de Grecs, la mort dans l’âme, à se séparer de leur maison familiale faute de pouvoir payer les nouvelles taxes. Comme Dimitri, professeur de physique, qui vivait de ses cours particuliers. Il avait une petite maison dans le Péloponnèse à Pyrgos. Jusque-là, elle ne lui coûtait pratiquement rien. Mais avec sa voiture achetée à crédit, il y a deux ans, elle est désormais considérée comme “un signe extérieur de richesse” . Il doit donc payer 5 500 euros d’impôts, plus la taxe immobilière payée avec la facture d’électricité de 800 euros. Il ne peut pas payer tout ça d’autant que la moitié de ses élèves ont abandonné les cours particuliers. Il cherche donc à vendre, coûte que coûte.

Des histoires comme celle-là, il y en a 1 001 en Grèce et c’est autant d’occasions à saisir pour ceux qui veulent acheter, essentiellement les touristes européens.

Sur l’île de Paros dans les Cyclades, c’est flagrant. C’est l’une des îles les plus courues par les touristes. Relativement proche d’Athènes, avec néanmoins un aéroport, elle est considérée comme l’Ibiza de la mer Egée. Français et Belges s’y bousculent l’été. Maisons cycladiques blanches à perte de vue, côtes ourlées de sable, mer d’un bleu intense, soleil à volonté, le rêve pour tous les Européens qui l’envahissent. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 12 000 habitants l’hiver, 100 000 l’été. Ici les prix étaient gonflés “comme pas permis” explique Panagiotis Livadas agent immobilier et constructeur sur l’île “mais les gens achetaient, Grecs et étrangers” , précise-t-il.

La folie immobilière de l’argent facile avait atteint tout le monde. “Les habitants de l’île achetaient des terrains pour construire, revendre et se prendre un beau bénéfice au passage.” Là aussi, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 6 000 maisons appartenant aux insulaires et au moins autant à vendre ! Sauf que la crise est arrivée. Les prix se sont effondrés de 15 à 20 %, “ce qui les remet à la normale” , souligne Panagiotis.

Pour autant, il a dû réviser à la baisse le prix des deux villas qu’il veut vendre : 100 m² habitables avec autant de terrasses avec vue imprenable sur la mer en hauteur, nouvellement construites avec tout le confort souhaité. Mises en vente actuellement à 390 000 euros frais de notaire compris au lieu de 450 000 euros, il y a deux ans. Mais, même à ce tarif, il peine à trouver acheteur. Alors, il s’est résolu à diviser ses villas en deux. Il vient de vendre le dernier étage de l’une d’elle comme entité indépendante à 200 000 euros à un Français car il avait besoin de “liquidités” .

Les Belges ne sont pas en reste sur l’île. Marie, retraitée, vient d’acheter une superbe villa à Paroikia, la capitale de l’île. Là aussi, vue à couper le souffle sur la mer Egée, multitude de chambres, de terrasses, de garages, piscine, confort et luxe maximal à tous les étages. Achetée officiellement 900 000 euros, elle en vaut facilement 1 700 000. “On venait ici depuis des années . On a nos amis que nous retrouvons chaque été. On voulait une grande maison qui puisse accueillir tous nos enfants qui sont grands. Une maison d’été à Paros est encore le meilleur des arguments pour les faire venir” , dit cette dame en souriant, vraiment heureuse de l’affaire qu’elle vient de conclure.

Panagiotis Simirtzis autre promoteur sur les Cyclades résume la situation : “Il y a encore cinq ans, 70 % de mes clients étaient des Grecs fortunés et 30 % des étrangers. Les deux cherchaient essentiellement des maisons de vacances ou de campagne. Aujourd’hui, les 70 % de Grecs sont arrivés à zéro et les étrangers sont en position de force. Ils savent qu’ils n’ont qu’à attendre que la crise progresse pour que les prix qui ont déjà considérablement baissé baissent encore davantage.” Et de secouer la tête. “Certains , note-t-il, ont une attitude vraiment arrogante” , comme ce client qui lui a proposé un prix dérisoire pour une très belle maison qu’il visitait et sur laquelle il y avait déjà une baisse de 20 % par rapport au prix initial. “Vous n’avez pas une crise, ici en Grèce ?” Sous-entendu : vous pouvez encore vous permettre de faire la fine bouche ? “Celui-là, dit Panagiotis, je me suis permis de l’envoyer promener. Faut pas exagérer !”

© La Libre Belgique 2012
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