Taxe sur les voitures de société: l'Etat vraiment gagnant ?

Dominique Simonet Publié le - Mis à jour le

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Bye bye les primes, hello les remises", lit-on depuis quelques jours sur les "20 m2" bordant nos rues. Dans nos postes de télévision, débarquent les slogans du genre : "D’autres qui vont encore plus loin avec des prix encore plus mini", ce qui est assez drôle, au demeurant, de la part d’une marque ayant placé sa DS3 "anti rétro" dans les roues de Mini. Soit, tout ça pour dire que ces deux slogans publicitaires résument bien l’état d’esprit des constructeurs automobiles en ce début d’année : "remises toute !" A l’aube du salon qui s’ouvre cette semaine au Heysel à Bruxelles, cela se traduit par "conditions d’abord !"

A quelques jours de son inauguration, le soir du mercredi 11 janvier, le 90e Salon de l’Automobile et de la Moto de Bruxelles vibre d’ondes paradoxales. L’exercice 2011, qui n’avait pas du tout mal commencé, s’est achevé dans l’euphorie, avec 48763 immatriculations pour le mois de décembre, soit 67 % d’augmentation par rapport au même mois l’année précédente. Sachant que le dernier mois de l’année est généralement calme chez les concessionnaires, cette hausse spectaculaire conduit le secteur à un nouveau record : 572211 automobiles immatriculées en 2011, soit plus 4,5 % par rapport au précédent record, en 2010.

La suppression de la prime fédérale de 15 % à l’achat de véhicules moins nocifs pour l’environnement a donc joué à plein sur la vente de petites autos. Une partie du parc est ainsi renouvelée et c’est tant mieux, même si les diesels , avec leurs émissions d’oxydes d’azote (NOx) et de particules fines, sont majoritaires dans l’affaire.

Mais ce qui a été acheté hier n’a plus à l’être demain. Or, les ventes entraînées par le salon orientent tout l’exercice annuel. Dans ce contexte, les marques vont devoir redoubler d’attractivité en enfonçant le clou des réductions de prix ou en valorisant la reprise de véhicules anciens. Déjà perceptibles à la fin de l’année dernière, les politiques de prix très agressives sont difficilement soutenables à moyen terme : la réduction des marges affecte gravement la rentabilité, surtout pour les constructeurs généralistes comme Peugeot, Citroën, Fiat. Ceux-ci cherchent la parade notamment dans le prix des pièces de rechange, qui a considérablement augmenté ces dix dernières années. Et puis, malins, ils investissent aussi dans le qualitatif, comme Fiat avec la 500 ou Citroën et DS3 : tout bénéfice pour l’image de marque et la marge.

Avec Mini (groupe BMW) et A1 (Audi), certains constructeurs haut de gamme ont aussi compris le truc et préservent leurs marges tout en proposant des produits d’appel. La question de la rentabilité est, par essence, moins grave pour eux. Par contre, le nouveau système de taxation des voitures dites "de société" va toucher les grandes marques en Belgique, non pas sur le volume des ventes, mais sur le chiffre d’affaires et le profit. Les clients vont s’orienter vers des véhicules plus petits, avec moins d’options qui rapportent gros aux constructeurs.

Cette mesure gouvernementale à la hache n’est pas exempte d’effets pervers. En s’appliquant sur le prix catalogue plus options TVA comprise, la taxation taxe aussi une taxe, ce qui n’est guère défendable. Les préoccupations environnementales passent aussi à la trappe à ce niveau, car les véhicules les plus propres le sont grâce à des avancées technologiques qui ont un coût. Un prix que l’acheteur ne sera plus prêt à payer, notamment sur les véhicules hybrides.

Ces mesures taxatoires pourraient aussi se retourner contre celui qui les a prises, le gouvernement se privant d’importantes rentrées en TVA. Pour l’instant, les constructeurs font leurs calculs. Ils s’élèveraient à plusieurs dizaines de millions d’euros pour une seule marque. Au total, sur un an, le manque à gagner en retour de TVA dépasserait, largement peut-être, la centaine de millions. Or, de ces mesures nouvelles, l’Etat escompte un bénéfice de 200 millions, ajoutés aux 500 millions que le secteur rapportait déjà. 200 millions? Un chiffre largement sous-estimé, selon les calculs de sociétés de leasing, qui, à parc automobile inchangé, voient un rapport jusqu’à quatre fois supérieur pour l’Etat.

On roule donc dans le plus épais brouillard givrant, ce que ne nie pas le ministre du Budget, Olivier Chastel, contacté par nos soins: "Les nouvelles mesures peuvent faire radicalement évoluer l’habitude des gens; l’on mesure difficilement un tel changement de comportement." Et a fortiori ses conséquences budgétaires. Rendez-vous donc fin 2012, au plus tard, pour faire les premiers comptes.

Quoi qu’il en soit, en ces temps d’austérité et d’énergie chère, les véhicules moins polluants conservent une bonne part de leur attractivité, car ils sont aussi moins gourmands. Tout cela incite bien sûr à la réflexion, ce qui est une sage option avant de se lancer dans les travées du Heysel à la quête de cet objet de désir qu’est l’automobile. L’édition 2012 du Salon de l’Automobile va s’ouvrir sous de bien curieux auspices.

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