Trois mois pour légaliser ses logiciels

Mathieu Van Overstraeten Publié le - Mis à jour le

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En 2005, 28 pc des logiciels installés sur des PC dans des entreprises belges pouvaient être considérés comme "pirates", c'est-à-dire qu'ils étaient utilisés sans licence valable. Un chiffre qui paraît élevé, mais qui place en réalité la Belgique parmi les meilleurs élèves au monde. A titre de comparaison, ce taux s'élève à 35 pc pour l'Europe de l'ouest, à 54 pc pour l'Asie, à 68 pc pour l'Amérique latine, et même à 69 pc pour l'Europe de l'est.

Pourtant, l'association BSA (Business Software Alliance), qui rassemble les principaux éditeurs de logiciels (Microsoft, Symantec, Adobe, Apple, etc.) et qui est à la base de ces chiffres, estime que la Belgique pourrait faire encore beaucoup mieux.

"Est-ce qu'on imagine un supermarché où 28 pc des clients ne paieraient pas leurs courses ?, s'exclame Jacco Brand, le président de la branche Benelux de cette association mondiale. Il y a moyen de descendre à 20 pc dans les années à venir, comme c'est déjà le cas en Amérique du Nord." Et le responsable de BSA Benelux de préciser que la baisse de ce taux de piratage serait non seulement bénéfique à ses membres, mais à l'ensemble de l'économie belge. Selon lui, si ce taux passe de 28 pc à 19 pc, cela entraînera la création de quelque 4 000 emplois dans le secteur. Il est vrai qu'avec le taux de piratage actuel, le manque à gagner pour les éditeurs s'élèverait selon BSA à 200 millions d'euros par an, rien que pour la Belgique.

Pour faire baisser ce taux, l'association mène de front des actions de répression et de prévention. En 2006, de nombreuses actions en justice ont ainsi été entamées par l'association en Belgique, avec un dédommagement moyen de 31 500 euros pour usage illégal de logiciels. Les industries de la création, notamment, sont visées par ces actions, en particulier l'industrie graphique, les architectes ou les bureaux de design.

Actions éducatives

A noter que l'association, qui reçoit beaucoup de dénonciations sur son site, a décidé pour la première fois de lancer une campagne de légalisation. Toutes les entreprises qui s'inscrivent à cette campagne (1) disposeront d'une période de trois mois pour se mettre en règle sans que la BSA n'entame d'action en justice contre elles.

Par ailleurs, l'association mène une série d'actions éducatives pour informer les entreprises sur les risques qu'elles courraient en utilisant des logiciels illégaux. Des actions qui passent notamment par des fédérations comme l'Unizo ou l'UCM, les entreprises ayant tendance à se méfier de ce qui provient directement de la BSA, connue pour ses méthodes plutôt musclées.

Patrons responsables

"Contrairement à ce que beaucoup croient, notre objectif principal n'est pas de faire des misères aux entreprises qui utilisent des logiciels pirates , affirme Jacco Brand. Notre action peut être comparée aux contrôles policiers sur les routes : parfois, ils servent à punir, bien sûr, mais leur objectif est avant tout de faire de la prévention."

Pour le patron de BSA Benelux, les chefs d'entreprise ont tendance à oublier qu'en cas de problème informatique dans leur société, ce sont eux qui peuvent être tenus pour responsables. "Les entreprises font très attention à leur parc de voitures ou à leurs polices d'assurances, pourquoi n'en feraient-elles pas de même avec leurs logiciels ?", se demande-t-il.

Selon BSA, les entreprises qui utilisent des logiciels sans licence courent non seulement le risque de se voir infliger une amende, mais elles ont beaucoup plus de mal aussi à assurer la maintenance de leurs programmes, ou à bénéficier de mises à jour. "Sans parler du risque de virus", souligne Jacco Brand.

Notons enfin que les chiffres de BSA ne concernent que les logiciels professionnels. Le taux de piratage serait encore bien plus élevé parmi les particuliers. Microsoft l'estime à quelque 50 pc.

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