Un exil des patrons français en Belgique

Raphaël Meulders Publié le - Mis à jour le

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La demande de naturalisation de Bernard Arnault, plus grande fortune de France, est arrivée comme un pavé dans la mare outre-Quiévrain. Et pour cause : quand le plus important patron de France décide de demander la nationalité belge, et ce en plein débat fiscal (voir par ailleurs), cela fait forcément réfléchir les autres. D’autant que les relations ne sont pas loin d’être, actuellement, détestables entre les grands patrons hexagonaux et le gouvernement français. "Je suis franchement inquiet : la France était déjà, en 2009, le pays le plus taxé au monde. Avec les récentes décisions fiscales, l’écart avec les pays développés s’est encore creusé. L’image de marque d’une France "enfer fiscal" est en train de s’installer, expliquait récemment à nos confrères du "Figaro", l’ancien PDG d’Essilor, Xavier Fontanet, aujourd’hui administrateur de sociétés.

Outre, le durcissement fiscal sur les grandes fortunes voulus par l’équipe Hollande, les grands patrons ont l’impression d’être pris pour les "boucs émissaires" de différents dossiers qui ont marqué l’opinion publique ces derniers mois (PSA, Unilever...) "Désigner des boucs émissaires n’est pas seulement moralement condamnable, c’est stupide et détourne des vraies réalités", poursuit Xavier Fontanet, selon qui la politique du gouvernement va "à l’encontre des intérêts des entrepreneurs et du retour de la croissance". Thierry Peugeot se lâchait aussi, il y a quelques semaines dans la presse, suite à la polémique qui a opposé son groupe au gouvernement Hollande. "Nous sommes prêts à accepter la critique, mais il y a des limites." Pour un autre patron, la taxation à 75 % sur les plus hauts revenus est perçue comme "une claque à l’égard des créateurs de richesses". "Une claque qui va accélérer le mouvement d’exil entamé depuis une dizaine d’années."

Un peu partout, les langues se délient et les exils se multiplient. En juin dernier, une étude menée par CoreData Research auprès de 361 millionnaires français révélait déjà que 41 % d’entre eux envisageaient un départ de France. Certains passent des paroles aux actes. C’est le cas de l’ancien PDG de L’Oréal, Lindsay Owen-Jones, qui aurait quitté la France pour la Suisse italienne cet été, selon Le Nouvel Observateur. D’autres y songent très sérieusement. "Si cela reste comme cela, personne ne restera", avertissait au mois d’août, Jean-Emile Rosenblum (à droite sur la photo), le fondateur du site de vente Pixmania, sur BFMTV. "Et ce n’est pas une question d’impôts, mais de climat autour des entrepreneurs. Le gouvernement doit radicalement changer la manière dont il parle des succès. [...] Tout le monde a besoin de rêver. On l’empêche en France et c’est cela qui me choque."

D’après certaines sources françaises, M. Rosenblum chercherait d’ailleurs à s’installer en Belgique, tout comme un autre entrepreneur qui a fait fortune grâce au net, Marc Simoncini (à gauche sur la photo), le fondateur de la plate-forme de rencontre Meetic. "Si les promesses de campagne de François Hollande sont appliquées à la lettre, je ferai le même métier mais depuis la Belgique", déclarait-il cet été sur i-Télé.

Le choix de M. Arnault pourrait faire des émules. La Belgique reste, avec la Suisse, l’une destination favorite des très riches hommes d’affaires français. Même si, on nous le rappelle souvent, sur les 200000 ressortissants hexagonaux que compte notre pays, moins de 5 % peuvent être considérés comme des "exilés fiscaux". Parmi ceux-ci, les patrons d’entreprises ne manquent pas. Citons entre autre, Lofti Belhassine (Liberty TV), Bernard Darty (Darty), Philippe Hersant (groupe Hersant) ou encore Denis Payre (Kiala). Et si la seconde fortune de France, Gérard Mulliez, patron du groupe Auchan, a récemment nié (suite à de nombreuses rumeurs) s’être domicilié en Belgique, l’un des héritiers de la dynastie, Régis, a fait ses études à l’Ichec et est devenu belge. Le Thalys a encore de beaux jours devant lui.

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