Un tandem franco-allemand ressoudé pour sauver la zone euro

AFP Publié le - Mis à jour le

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La déclaration franco-allemande de vendredi en faveur de la zone euro marque un tournant dans la communication des deux pays sur la crise financière et pourrait être un acte fondateur du tandem Merkel-Hollande, selon des analystes.

Le communiqué commun publié par la chancelière allemande et le président français "est au moins un tournant dans leur communication" car ils "sortent de leur silence par une déclaration claire et importante", a estimé Ulrike Guérot, experte du Conseil européen pour les relations internationales.

La France et l'Allemagne ont affirmé vendredi être "déterminées à tout faire pour protéger" la zone euro, après une conversation téléphonique entre Angela Merkel et François Hollande.

"Les marchés attendaient cette prise de position", estime Henrik Uterwedde, directeur adjoint de l'Institut franco-allemand de Ludwigsburg, ajoutant "ne jamais avoir douté" de l'engagement allemand comme français en ce sens.

Cette déclaration, quelques heures après que le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a affirmé que la BCE était "prête à faire tout ce qui est nécessaire pour préserver l'euro", est un signal en direction des "pays de l'Europe du sud", Espagne, Portugal, Italie, juge Mme Guérot.

Mais elle illustre surtout en quoi le duo "Merkollande" pourrait se démarquer du tandem "Merkozy", que la chancelière allemande formait avec l'ancien président Nicolas Sarkozy.

"Il s'agissait d'une déclaration franco-allemande en faveur du reste de l'Europe, pas d'une déclaration où la France et l'Allemagne décidaient contre le reste de l'Europe", analyse-t-elle.

Il s'égit du premier acte politique d'importance des deux responsables politiques, soutient M. Uterwedde. "Avant cela il y a eu des rencontres, des conférences de presse, mais il s'agit du premier signal fort", selon lui.

Le président et la chancelière "mettent fin aux petits jeux" qui ont pollué la relation franco-allemande depuis l'élection du président socialiste. Mme Merkel avait refusé de recevoir M. Hollande avant l'élection, puis celui-ci s'était affiché avec les dirigeants de l'opposition sociale-démocrate allemande, "alors que sa partenaire est et reste Mme Merkel", relève-t-il.

Mme Merkel prend d'ailleurs des risques face à des partenaires politiques, une opinion publique et une presse bien moins jusqu'au-boutiste dans le soutien à la zone euro.

"La chancelière se retrouve de plus en plus coincée. Comment compte-t-elle éviter d'être prise au mot un jour ? Comment pourra-t-elle éviter les Eurobonds si elle promet de tout faire pour sauver l'euro ?", se lamentait le quotidien populaire Bild samedi matin dans un éditorial.

Vendredi soir, réagissant à la déclaration franco-allemande, l'hebdomadaire Spiegel agitait sur son site web le spectre d'une inflation incontrôlable générée par la politique accommodante de la BCE et ses mesures d'intervention en faveur des pays en difficulté, qui viendrait "confisquer les économies des Allemands".

Pour M. Uterwedde, il s'agit d'un "risque calculé" de la chancelière, qui vise notamment à rappeler que le gouvernement allemand ne prend pas ses ordres chez "les faucons de la Buba", la Banque centrale allemande (BuBa), gardienne inflexible de la rigueur budgétaire, même s'il garantit son indépendance.

"La Buba est très écoutée et respectée, mais ce n'est pas elle qui décide. Après tout, on ne l'a pas écoutée non plus quand elle s'opposait à l'échange d'un mark de l'Allemagne de l'ouest contre un mark de l'est lors de la réunification", rappelle M. Uterwedde.

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