Un trader renversé par un séisme

Laurent Lambrecht Publié le - Mis à jour le

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Avant les Bernard Madoff, Jérôme Kerviel, Bruno Iksil et autres grands arnaqueurs en col blanc, il y a eu le trader britannique Nick Leeson. Il est connu pour avoir fait plonger la Barings, l’ex-plus vieille banque d’investissement du Royaume-Uni. Au mois de février 1995, la sixième banque d’affaires britannique est placée sous administration judiciaire après avoir perdu plus d’un milliard de dollars sur le marché des produits dérivés en Asie du Sud-Est.

Nick Leeson, un trader de 28 ans travaillant pour la Barings à Singapour, est tout de suite soupçonné. Après ses débuts en Angleterre, Nick Leeson a été nommé responsable du marché à terme à Singapour. Là-bas, il va rapidement gagner des millions en pariant sur l’évolution de l’indice Nikkei de la Bourse de Tokyo. A l’époque, il touchait un salaire de 50 000 livres sterling assorti d’un confortable bonus de 150 000 livres sterling. Mais la chance va tourner et Nick Leeson va être obligé de dissimuler ses pertes sur un compte secret. En réalité, le trader a parié sur une hausse de la Bourse de Tokyo. Mais il a été piégé par le tremblement de terre de Kobé du 17 janvier 1995 qui a fait chuter la Bourse japonaise.

Pour tenter de se refaire, il va rejouer et perdre comme bon nombre de joueurs de casino. Le trou va atteindre 1,3 milliard de dollars, plus que le capital et les réserves de la Barings. A 233 ans, la doyenne des banques d’affaires britanniques tombe en faillite. Dix jours plus tard, elle est rachetée par le Néerlandais ING pour une livre symbolique.

Le rapport officiel sur la débâcle de la Barings a affirmé que d’autres responsables de la banque s’étaient montrés négligents ou avaient dissimulé les transactions illégales de Nick Leeson. La Banque d’Angleterre va également conclure que Nick Leeson n’est pas le seul responsable de la débâcle. Les autorités de contrôle interne de la Barings ont failli dans leur mission. Une vingtaine de hauts dirigeants ont d’ailleurs présenté leur démission dans les six mois qui ont suivi le scandale. Accusé d’incompétence pour n’avoir pas pu empêcher la débâcle de sa banque, le patron de Barings a invoqué un complot. "Ce qui est arrivé est très simple. Il a acheté des montants massifs de contrats à terme, qu’il a cachés. Tout le monde est vulnérable à ce type d’action" , s’est défendu Peter Baring.

Nick Leeson sera donc la seule personne poursuivie dans le cadre de cette affaire. Le 23 février, il s’était enfui en laissant une note : "Je suis désolé", sur son bureau mais il sera arrêté le 3 mars à Francfort. Après avoir clamé son envie d’être jugé en Angleterre, il est finalement extradé à Singapour.

Lors de son procès, Nick Leeson a plaidé coupable de faux et usage de faux ainsi que d’escroquerie. Après avoir passé un accord avec la police de Singapour, neuf autres chefs d’accusation ont été abandonnés. Finalement, il a été condamné à six ans et demi de prison. Après trois ans passés dans les prisons singapouriennes, il a été libéré le 3 juillet 1999. Ironie du sort, le trader aurait pu se refaire si l’affaire n’avait pas été révélée si tôt car la Bourse japonaise a fini par se redresser.

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